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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/450

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Elle se lève ; elle fait un pas ; et puis, effrayée de ce qu’elle veut faire, elle s’arrête.

Enfin, elle s’arme de toute sa résolution ; elle marche à pas incertains et lents jusqu’à la porte de l’appartement mystérieux.

Là, elle hésite de nouveau.

Elle se penche. Elle écoute.

Pas une parole, pas un mouvement, pas un bruit.

Elle allait s’éloigner, quand la lune, se dégageant tout à coup d’un nuage, vint reluire sur une clef ! Il avait oublié de retirer la clef.

Elle peut entrer.

L’hésitation et ses remords anticipés, et ses cruels combats s’emparèrent de nouveau de lady Sidney.

Enfin elle tourne la clef. Elle pousse lentement la porte. Elle entre.

Une obscurité profonde.

Point d’autre bruit que le souffle de sa bouche, que les palpitations de son cœur.

Si elle osait soulever les rideaux épais de la fenêtre ! Elle y porte la main. L’étoffe cède, tombe, et la lune inonde le lit de sa lumière fantastique.

Alors s’élève une voix de vieillard qui menace ; alors une tête chauve et nue se dresse ; une tête chauve dont l’un des yeux n’est qu’un trou vide ; une tête chauve dont les joues flasques retombent des deux côtés d’une bouche sans mâchoire ; une tête chauve, affreux complément d’un tronc mutilé auquel restent seuls un bras et une jambe.

A présent Tréa, la jolie Tréa est folle.


S. HENRY BERTHOUD.