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quitté, jusqu’à son père, jusqu’au beau pays de France.

Malheureuse qu’elle est ! En achetant ce nom à un prix semblable, elle croyait acheter le bonheur. Hélas ! elle n’a acheté que deux choses auxquelles elle n’avait jamais songé : le rang et la fortune.

Des caresses tendres et suaves, des paroles d’amour murmurées et répétées par des lèvres si proches les unes des autres, qu’elles frémissent de leurs souffles qui se confondent ! ne jamais se quitter, voilà le bonheur qu’elle avait rêvé.

Au lieu de cela, une contrainte mystérieuse et inexplicable. On dirait que Sidney craint d’être brisé de ses étreintes, dévoré de ses baisers !

Passer les nuits seul, loin d’elle, dans un appartement où nul autre que lui ne pénètre, n’a pénétré ! jamais pour lui d’épouse qui s’endorme mollement dans ses bras, en murmurant des paroles d’amour ; jamais pour lui le réveil d’une épouse dont les songes et la volupté ont laissé demi-nues les blanches épaules et le sein palpitant !

Toujours une désespérante réserve ! toujours dépouiller l’amour de ses plus doux prestiges, de ses charmes les plus énivrans ; ravaler la volupté presque jusqu’à l’outrage.

Il vient de la quitter ! il vient de se retirer dans cet appartement dont lui seul connaît les mystères, dans cet appartement que n’ont pu faire ouvrir à Tréa ni les supplications, ni les larmes.

Et quels sont donc les mystères qui s’y passent ?

Pourquoi ce regard fixe et satanique, cette horrible convulsion, cette bouche béante de vampire qu’elle a vue un soir, cette blessure mortelle guérie miraculeusement ?… Pourquoi cette vie cachée ? Sans être superstitieuse, Tréa ne peut s’empêcher de croire à quelque chose de surnaturel.

Mais advienne que pourra !… Voilà trop de désespoir, trop de doute, trop d’angoisses. Elle est son épouse, elle a le droit de pénétrer là où peut-être on outrage le titre sacré qu’elle tient du ciel et des lois.