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Il s’exila.

Durant cinq années, deux personnes connurent seules au monde en quels lieux il s’était réfugié, un ami sûr et elle.

Enfin elle redevint libre. Le pacte qui l’unissait à un autre fut brisé par la mort, car la mort seule peut briser un tel pacte.

Et lui, il reçut une lettre qui lui disait : Reviens, je puis être à toi. »

A toi !

Quoi ! ensemble, toujours ensemble ! ne plus se quitter, ne plus attendre comme un bonheur des lettres envoyées à des intervalles de temps, longs, incertains ! Des lettres, non pas d’elle, mais d’un autre, qui disaient : « Je l’ai vue, elle t’aime, elle pleure. »

A toi !

Maintenant ensemble, toujours ensemble !

Avouer son amour devant l’univers entier ! Dire : Je l’entoure, je la protège de ma tendresse, elle est mon épouse ! elle sera la mère de nos enfans !

Oh ! quels pensers, des enfans ! se voir en eux ! s’étreindre par de nouveaux liens ! des enfans qui m’aimeront autant qu’elle m’aime, que j’aimerai autant que je l’aime !

Allons ! allons ! plus vite ! voilà de l’or, pressez vos chevaux, hâtez-vous.

Jamais distance ne fut franchie avec la promptitude qu’il mit à franchir les deux cents lieux qui le séparaient d’elle.

Il arrive, il court, où est-elle ? Des gens l’arrêtent et lui parlent…

— Laissez-moi, laissez-moi. Elle ! elle ! je ne veux qu’elle !

Il les repousse tous, il les écarte, il parvient jusqu’à elle, la voilà.

Elle dort.

Près d’elle est le crucifix devant lequel hier elle pria pour lui, car maintenant elle peut prier pour lui : son amour est chaste et vertueux.