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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/439

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PRESTIGE




Notre-Dame me soit en aide ! Beau sir ! un lambeau déchiqueté au lieu d’un mantel entier et d’étoffe neuve ! C’est broncherie, et j’en porterai plainte à M. le Bailhf.
Le père Mathias.


Il était quatre heures. La mer, laissant le rivage à sec, faisait à peine entendre un murmure sourd, et l’on croyait apercevoir, l’extrémité de l’horizon, quelques vagues qui s’y balançaient encore.

La plus grande activité régnait dans le port de Dunkerque. Des troubles de pêcheuses, la hotte sur le dos, le filet à la main, et portant retroussé jusqu’au-dessus du genou leur épais jupon de laine rouge, s’avançaient, les pieds nus, au milieu des sables durcis que le reflux venait de découvrir. Leurs cris confus et singuliers se mêlaient au fracas des voitures, aux juremens que les marins font entendre dans leurs différens idiomes, aux chants plaintifs et cadencés des matelots qui déchargent les bâtimens, et à je ne sais combien d’autres bruits divers. Des mousses au chapeau goudronné, des négocians, des étrangers, des femmes enveloppées de la mantille.grise ou noire, que l’on nomme cape dans le pays, d’autres avec toute la recherche des costumes fashionnables, parcouraient le port, se croisaient, se séparaient, se formaient