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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/375

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et disparaître, tout le ciel briller, puis retomber dans l’obscurité. Tout s’évanouit bientôt ; le scillage seul de notre chaloupe nous éclairait, et il était curieux de voir le feu courir sur le dos des vagues bien loin derrière nous.

Nous luttions péniblement contre les lames, quand tout à coup, à dix pas à tribord, nous entendîmes une baleine souffler avec grand bruit ; elle plongeait et s’élançait tour à tour de l’eau, et nous suivit ainsi pendant un quart d’heure à même distance. Malgré la prière de Botte, qui était plus mort que vif, et la tête dans son manteau comme César, je l’ajustai et lui tirai un coup de fusil que le sifflement du vent m’empêcha d’entendre. Je ne lui fis, je pense, aucun mal, car j’étais chargé avec du plomb à bécassine ; mais mon intention était de lui rendre la peur qu’elle nous faisait, car, si elle en avait eu la fantaisie, il lui était facile de nous chavirer. Elle se retira, effrayée sans doute du feu du fusil ; mais deux heures après lorsqu’il commençait à faire jour, nous la revîmes avec une compagne nous suivant à quelque distance. Avec le soleil augmenta le vent, qui grossit encore la mer, s’il était possible. Cependant vers six heures, elle se calma ; et approchant de terre, que nous ne découvrîmes qu’à un mille de distance à cause des vagues qui étaient encore très-hautes, nous vîmes que nous avions bien gouverné par le plus grand hasard, et nous eûmes connaissance du Cap-Vent. A huit heures enfin, nous entrâmes dans la baie du Croc, ayant été treize heures à faire trois lieues.