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on y serait enlevé par le vent comme une feuille morte, et bien moins encore dans les bois, puisqu’ils sont si épais qu’on n’y peut remuer.

Nous voulûmes rentrer à deux heures, glacés par la brume et par le vent, qui nous poussait les uns sur les autres ; mais nous ne pûmes trouver notre chemin, nous cherchâmes vainement à reconnaître les lieux où nous nous trouvions : force nous fut d’attendre. Nous avions devant nous un ou deux étangs dont les bords opposés disparaissaient sous un nuage de brumes grises que le vent faisait glisser sur leur sombre surface ; autour et derrière s’allongeaient des marais entourés de mousses vertes et profondes, puis des broussailles et des étangs noirs. On n’entendait que le bruit du vent et celui des volées de courlieus qui passaient près de nous, sans que nous puissions les voir, en poussant leur petit cri aigu.

Il faisait nuit depuis long-temps ; nous errions encore, lorsqu’en réponse à nos cris de détresse nous entendîmes deux coups de fusil : c’étaient nos compagnons qui venaient nous chercher. Avec quelle joie je retrouvai notre modeste tente ! Mais quel temps et quels coups de vent toute la nuit ! Nous nous attendions à être enlevés à chaque instant, et à rouler au fond du précipice qui n’était qu’à vingt pieds de distance ; l’eau entrait par vagues, et nous étions couchés dedans. Hélas ! le lendemain et surlendemain même temps. Notre mèche à feu était éteinte, impossible de rien allumer. Nous avions compté ne rester que trois jours, et nous n’avions eu le quatrième