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les registres de pêche, il me mena avec lui dans quelques excursions maritimes au sud du Croc, entre autres à Carrouge. C’est le plus beau port de l’île, situé à quatre lieues du Croc ; il y a quatorze échafauds, et c’est le plus grand de nos établissemens. De là, j’allai aussi à la Conche, à quelques lieues plus loin, et nous revînmes après huit jours d’absence. En sortant du port de Carrouge on me montra un endroit en mer où quelques années auparavant s’était perdu un canot d’une frégate française, avec un enseigne et dix hommes. Il passa sans le savoir au-dessus de roches nommées à Terre-Neuve roches chatouilleuses, et qui s’y trouvent en assez grand nombre. Lorsqu’il fait calme, on ne peut savoir où elles se trouvent, à moins que quelque bouée ne l’indique ; quand il y a un peu de mer, cela se voit aisément, car elle y brise alors avec force. En temps de calme, une pierre, une planche qu’on y jette, un coup de rame suffit pour y faire lever en un instant plusieurs lames énormes qui déferlent avec un bruit de tonnerre ; mais quelques minutes après les vagues s’abaissent, et la mer est unie de nouveau Les avirons des canotiers suffirent pour y soulever d’énormes lames qui les engloutirent en un instant, et on ne retrouva le lendemain que quelques planches éparses de l’embarcation.

A la Conche, on nous fit manger d’un ours noir qui avait été tué peu de jours auparavant. Cet ours, affamé sans doute, était venu arracher des mains