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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/363

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partir de suite, alléguant que n’ayant pas d’armes, ils ne pourraient ni attaquer ni se défendre. Mais comme la mer était grosse, et que le capitaine ne consentit pas à partir, il fallut rester, et nous fûmes sur pied toute la nuit autour d’un feu de vingt pieds de haut.

Vers quatre heures du matin, le commandant arriva à l’improviste avec son canot et l’enseigne Swentson. C’étaient deux personnes armées de plus : on reprit la route du bois, à la recherche de l’animal. Nous avancions avec précaution à dix pas les uns des autres, quand tout à coup j’entendis crier : Le voilà ! Il est blessé ! J’accourus, et au fond d’une espèce de bassin desséché, d’environ trente pieds de profondeur, je vis un ours énorme, dont la gueule tournée vers nous montrait ses dents redoutables ; il remuait la tête et les jambes de devant, mais sous lui il y avait du sang, et je remarquai que celles de derrière étaient sans mouvement. Nous le visâmes tous ensemble, et lui tirâmes nos douze coups de fusil ; sa tête retomba, et une longue langue sanglante sortit de sa gueule entr’ouverte. Un joyeux hurra se fit entendre, et on essaya de le tirer de sa fosse, ce qui ne se fit qu’avec beaucoup de peine et de fatigue. Il mesurait six pieds juste, et ayant eu la veille les deux jambes de derrière cassées, il n’avait pu sortir de ce trou dont la pente était assez rapide. Notre canot était trop petit pour que nous puissions l’emporter ; le capitaine O. fut chargé d’en faire hommage de notre part à M. C., qui nous avait reçus aux îles Fichot.