Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/36

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


permet d’espérer qu’ils finiront un jour par renoncer tout-à-fait au cannibalisme.

Les tigres et les éléphans abondent dans les montagnes de Sumatra. Un habitant me raconta que son père et son grand-père avaient été la proie des tigres. A peine existe-t-il dans ces montagnes une famille qui n’ait perdu ainsi quelqu’un de ses membres. Dans plusieurs localités, les indigènes ne prennent aucune précaution contre la fureur des tigres, qu ils regardent comme des animaux sacrés. De même que les Balinais, ils croient à la transmigration des âmes, et ils appellent les tigres leurs ninis ou grands-pères. On compte que sur les bords de l’une des rivières de l’île, il y eut, en une année, plus de cent individus emportés par ces animaux. Quand il en entre dans un village, les habitans poussent la folie jusqu’à mettre devant leur maison comme offrande à l’animal du riz et des fruits qu’ils apprêtent exprès ; ils croient que le tigre, touché de accueil hospitalier, passera sans leur faire aucun mal. Ils en agissent de même à l’approche de la petite vérole, persuadés qu’ils apaiseront par là l’esprit du mal.

Les habitans de la partie sud-est de Sumatra sont généralement tempérans, fiers, hardis, mais passionnés et violens, Fortement attachés à leurs anciennes coutumes, toute innovation, leur parait blesser la justice et la vérité. D’un caractère naturellement indépendant ils se montrent très-jaloux de leurs franchises antiques. Bien loin d’attacher du prix à la loyauté et à la probité dans les affaires, ils se font, au contraire, un mérite de tromper. Ils sont plus belliqueux que les habitans de la côte, et extrêmement adroits dans le maniement de leurs armes. Lorsqu’ils sont attaqués ils placent en première ligne leurs femmes et leurs enfans. C’est ainsi