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embarcations non pontées, mouillés, exposés au froid et aux vagues, ayant pour tous vivres un peu de biscuit et quelques verres d’eau-de-vie.

L’endroit où se prépare la morue s’appelle échafaud. C’est une plate-forme couverte, ou un grand hangard élevé sur le rivage, dont un côté, se projetant sur la mer, est fortement étayé et défendu par de gros arbres qui le garantissent du choc des bateaux et des bâtimens. On y monte du côté de la mer au moyen d’arbres placés horizontalement de distance en distance en guise de marches. Sur le devant de la plate-forme est une table ; d’un côté est placé le décolleur, qui prend le poisson, lui coupe le cou jusqu’à la nuque avec un couteau, et le pousse après à l’étêteur, qui est à sa droite. Celui-ci le prend de sa main gauche, et avec l’autre sort le foie qu’il jette dans un tonneau sous la table, ainsi que les entrailles, qui tombent dans la mer par un trou du plancher. Il place ensuite le cou du poisson sur le bord de la table ronde et coupante, placée devant lui, appuie dessus avec la main gauche, et donnant au corps avec la droite un coup violent, il le pousse au trancheur en face, et la tête séparée du corps tombe dans la mer. Le trancheur prend alors le poisson de la main gauche et commençant depuis la nuque en ayant soin de tourner le couteau en dedans pour suivre toujours la grande arête, il tranche, jusqu’à l’extrémité de la queue. Relevant alors l’arête avec son couteau, il pousse le poisson ainsi fendu dans une brouette, et l’arête brisée tombe dans la