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année, et chaque nouvelle saison voit de nouveaux armemens pour Terre-Neuve partir de Bretagne et de Normandie. En 1830, la pêche y occupait quatorze mille marins et c’est une bonne école, car la navigation y est difficile et pénible.

On peut considérer trois sortes de pèches :

Celle dite sédentaire, que font les colons établis sur les côtes, et dont le produit est échangé contre des marchandises d’Europe, ou acheté par des navires qui n’ont pu compléter leur chargement par leur propre pèche ;

Celle sur le Grand-Banc, faite par les bâtimens venus de France, qu’on nomme banquiers, et dont le poisson, salé immédiatement après avoir pris, est connu sous le nom de morue verte ;

Celle enfin qui se fait par des chaloupes et des pirogues, en pleine mer et sur les côtes, et dont le poisson est préparé et séché dans les hâvres, où les navires d’Europe viennent mouiller.

Les plus grandes morues sont celles prises sur le Grand-Banc. J’en ai vu de cinq pieds de long, mais leur grandeur ordinaire est de deux et trois pieds. La mer ne produit pas de poisson plus vorace, et dont la bouche soit plus grande, proportionnellement à sa taille. On trouve souvent dans son ventre de gros coquillages, des morceaux de faïence, du fer, du verre, etc. Son estomac certainement ne digère pas ces dures substances ; mais, par un certain pouvoir de se retourner comme une poche, il peut en rejeter ce qui s’y trouve. La fécondité de