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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/326

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C’est la plus grande des trois îles, et elle est, dit-on, plus froide en hiver et plus exposée que le autres à la poudrerie.

La poudrerie est un météore peu connu en d’autres climats ; c’est une sorte de neige d’une extrême subtilité, qui s’insinue dans les lieux dont la clôture est la plus exacte ; elle s’y introduit par les moindres interstices que laisse le mastic dont les vitrages sont enduits ; elle est emportée horizontalement par l’impétuosité du vent, qui en accumule quelquefois des monceaux auprès des murailles et des éminences, et comme elle ne permet ni de distinguer dans les rues les objets les plus voisins, ni même d’ouvrir les yeux, qui en seraient blessés, on peut à peine s’y conduire, et on perd même la respiration. Plusieurs personnes surprises par ces tempêtes, se sont égarées, et ont été trouvées plus tard ensevelies sous la neige.

L’année dernière, un pêcheur dont la mère mourait, voulut aller chercher le chirurgien qui demeurait à quelque distance de la ville. On tâcha en vain de l’en dissuader. Il faisait nuit, un froid glacial, et la neige tourbillonnait avec fureur. Il se décida à suivre le bord de la mer, craignant de s’égarer, s’il prenait à travers la plaine, et la nuit se passa ; le jour vint, mais pas de nouvelles du pêcheur : le chirurgien lui-même ne l’avait pas vu. A la fonte des neiges, une vieille femme heurta du pied quelque chose qui lui fit baisser les yeux ; elle regarda et vit une tête dont les eux et la bouche étaient remplis de sable… C’était sans doute celle du pêcheur.

Le meilleur parti, lorsqu’on est surpris par la poudrerie,