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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/302

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illuminées. Pendant plusieurs jours, les feuilles publiques furent remplies de prose et de vers à la louange du héros américain, suivant une expression trop répétée dans tous les articles, pour qu’elle n’ait pas été ordonnée, et je lus même un long discours rimé en l’honneur de Riva-Aguero, sorti de la plume d’un prêtre, qui finissait par ces mots fort remarquables sans doute par leur naïve intolérance : Fleurissent les catholiques, et meurent les protestans !

Dès son avènement au pouvoir, Riva-Aguero s’empressa d’envoyer unj émissaire auprès du général Freyre, au Chili, réclamer son assistance, et il dépêcha dans le même but un député à Guayaquil, près de Bolivar, afin qu’il pût voler rapidement au secours des Péruviens. Boliva alors n’était point aimé des habitans de Lima ; ils lui supposaient des vues intéressées et ambitieuses, et calomniaient ses intentions. Un négociant de Lima proféra même devant moi ces mots remarquables : « Jusqu’à ce jour, on a refusé les secours intéressés de Bolivar, mais nous sommes réduits aujourd’hui à choisir de deux maux le moindre ; et certes, notre allié de Colombie nous dévalisera de meilleure grâce que nos amis les Espagnols. » Bolivar n’a point justifié ces injustes suppositions. Cet homme, pour lequel la postérité réserve sans doute le nom de grand citoyen, ou qu’elle flétrira peut-être du titre de despote [1], quitta Lima après l’avoir pacifié avec un noble désintéressement

  1. Ce passage a été écrit en 1823. La mort récente de Bolivar assure l’immortalité sans tache de ce grand homme.