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par hasard de leur demeure, il tombe aussitôt victime de la colère de ces esprits vindicatifs et méchans. Il y a encore une troisième classe d’être qui semblent, d’après leurs qualités et leurs attributs, tenir le milieu entre les Dewas et les Djins, se rapprochant néanmoins davantage de la nature des premiers ; on les nomme Orang-alus, c’est-à-dire hommes subtils, impalpables et invisibles. Je ne connais pas précisément leur essence ni leur office. Ce sont, à ce qu’il paraît, des êtres en qui le matériel et l’immatériel se confondent, et qui participent de la nature des créatures humaines et de celles des esprits. J’ai vu un homme que l’on disait être marié avec un être féminin de la classe des Orang-alus ; il avait une nombreuse progéniture, mais personne n’avait jamais aperçu un seul de ses enfans, d’où je conclus qu’ils ressemblaient à leur mère. Cet homme se nommait Dioupeti-Rajo-Wani. Telles sont les idées ridicules de ces peuples.

Les Balinais montrent la plus grande vénération pour les mânes de leurs ancêtres, qu’ils honorent à l’égal des dieux, et dont ils placent également la demeure dans les montagnes. Ils sont persuadés que ces mânes jalous de la conservation de leur postérité, veillent constamment sur elle. Ils croient fermement au dogme de la métempsycose. Cependant il n’y aurait, suivatn eux, que quelques animaux aptes à recevoir les âmes des morts, et il n’est pas besoin pour cela que leur caractère et leurs penchans aient du rapport avec le caractère et les pendans des âmes qui entrent en eux. Le tigre est celui qu’ils supposent le plus généralement pourvu d’une âme humaine ; aussi cet animal féroce est-il presque sacré à leurs yeux, et le traitent-ils avec une douceur et un respect qu’il est loin de mériter ; sa gueule