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l’officier expéditionnaire se refusait encore à croire messieurs Français, et avec leur liberté s’évanouirent ses châteaux en Espagne, car le pauvre homme, tout fier d’avoir bien mérité de la patrie, avait déjà sollicité une augmentation de grade.

Lima est dans la position la plus heureuse pour être le centre du commerce de toute l’Amérique méridionale ; à l’aide de Callao, elle a des débouchés et de faciles communications avec tous les ports de la mer du Sud, depuis le Chili jusqu’à la Californie, et, dans l’intérieur, elle alimente le Haut-Pérou, le Tucuman, la Plata, la Colombie. Les Européens y affluent avec les produits du sol et de l’industrie de l’ancien monde ; mais, pendant notre séjour, les négocians éprouvaient les plus grandes difficultés à se procurer des cargaisons de retour, et se trouvaient réduits à exporter les piastres qu’ils avaient pu obtenir. D’un autre côté, la pénurie d’argent travaillait les affaires, et le gouvernement s’était vu contraint de mettre en circulation un papier-monnaie, frappé de non-valeur dès son apparition par les commerçans étrangers. Une mesure encore plus désastreuse pour la confiance avait été prise, et des pièces de cuivre, d’une valeur réelle d’un sol, ayant un cours forcé et légal de vingt-cinq sols, n’avaient pas peu contribué à frapper de mort toutes les transactions. Qui aurait supposé que le Pérou, d’où sont sorties pendant tant d’années de si nombreuses masses de numéraire, se retrouverait dans la dure nécessité d’émettre des pièces de cuivre représentant une valeur