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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/296

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complet au Pérou. Les médecins qui s’expatrièrent d’Europe dans le but d’exercer leur art à Lima ont été obligés de se livrer à diverses occupations étrangères à leurs études pour se procurer des moyens d’existence. Des nègres d’une profonde ignorance sont en possession d’appliquer les remèdes empiriques dont le préjugé a armé leurs mains ; de stupides barbiers, dont les enseignes sont couvertes de lancettes et de dents, pratiquent la chirurgie et l’art du dentiste. Quelques pharmacopes-boutiquiers, en vendant une drogue, enseignent ses propriétés, et la manière de l’administrer. En un mot, l’art le plus dangereux qui existe, lorsqu’il n’est pas exercé par des hommes instruits et probes ; l’art le plus honorable pour ceux qui s’y consacrent par de longues études et par le désintéressement, tombé aux mains d’une tourbe avilie, est à Lima regardé comme une profession dégradante, et ne saurait embrasser une personne bien élevée ! Quelle ignorance, et quels préjugés !

Quoique nous n’ayons séjourné que peu de jours à Lima, il arriva cependant à deux officiers de l’expédition une aventure qui ne fut que plaisante, bien que dans ses débuts elle menaçât de devenir fâcheuse. M. d’Urville, capitaine de la Coquille, et passionné pour la botanique, sur laquelle il a d’ailleurs publié des travaux bien connus, partit du bord avec M. Bérard pour visiter les montagnes qui enveloppent Lima. Ces messieurs gravissaient péniblement, vers le milieu du jour, et par une chaleur énorme, les flancs rocailleux