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entrée dans le monde, se borne à leur mettre des cartes dans la main ; elles y sont bientôt habiles, et l’on peut, sous ce rapport, que louer leurs heureuses dispositions. J’ai vu des demoiselles, à peine âgée de dix à douze ans, jouer avec leurs mères à la plus forte carte, et jamais moins de plusieurs onces d’or ; aussi n’était-ce qu’avec un grand dédain qu’on voulait bien, en nous honorant d’une partie, courir notre enjeu, à nous, officiers de la France, n’ayant reçu à notre départ d’Europe que quelques mois d’appointemens, et qui osions, plutôt par vanité national que par tout autre sentiment, risquer une pièce d’or, dont la perte ne pouvait avoir qu’une influence fâcheuse pour nous, qui étions destinés à ne pas revoir notre patrie de long-temps.

L’amour, au Pérou, est enfant de l’aveugle Plutus ; il ne connaît que le langage sterling. Le tarif des tapadas les plus à la mode, et qui appartiennent aux meilleures familles, est publiquement connu. Mais après avoir ruiné sa bourse, on s’aperçoit encore de la ruine du bien le plus précieux pour l’homme, la santé ; car on ne cite pas dans tout Lima cent dames qui soient exemptes d’une maladie que la chaleur du climat rend très-bénigne, et dont elles s’informent entre elles, sous le nom de fuentes, avec la même sollicitude qu’on demande en France des nouvelles d’un rhume.

Les dames, dans leur intérieur, sont vêtues à l’européenne, avec beaucoup de recherche et même de goût : leur sein est généralement découvert ; mais les