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son pauvre professeur malabare, dont il n’estropie impitoyablement le nom.

Mais voici qui devient plus sérieux, car il s’agit de personnes notables que M. Sback livre à l’animadversion publique, et flétrit sans façon d’un trait de plume.

Je passais à Bourbon, dit-il, pour un envoyé de Benjamin Constant ou de l’abbé Grégoire, parce que je m’appitoyais sur le sort de mes semblables qui travaillent sous le fouet pour enrichir des Desbassayns et des Villèle. Le sieur Desbassayns est propriétaire de quatre cents noirs ; il les fouette lui-même.

D’abord, en ce qui concerne M. de Villèle, le rapprochement porte entièrement à faux , et son nom semble n’avoir été choisi par M. Shack , que comme devant sonner d’une manière agréable à l’oreille de l’esprit de parti. M. de Villèle a toujours eu la réputation d’un maître doux et humain, et j’invoque à cet égard le témoignage de la colonie entière ; la fausse allégation de M. Shack est d’autant plus blâmable, qu’elle s’applique à un homme dont l’honorable caractère ne s’est jamais démenti, et s’il en fallait une preuve, je dirais que, pendant la longue administration de son frère , il est resté obscur à Bourbon, luttant avec courage contre des embarras de fortune, sans songer à venir réclamer sa part des faveurs qui pleuvaient alors des mains du ministre tout-puissant.

Quant au nom de Desbassayns , qui appartient à une famille nombreuse et considérable, puisque M. Shack voulait le mettre en scène, il aurait dû, pour être juste, dire que personne à Bourbon n’est plus chéri et honoré que madame veuve Desbassayns ; que cette dame, aussi respectable par son âge que par ses vertus, est aimée et vénérée de tous ses serviteurs , et que sa réputation de bonté est telle que non-seulement elle est répandue à Bourbon et à l’Ile-de-France, mais encore dans toute l’Inde : il n’est pas un voyageur qui ne puisse l’attester.

Il aurait dû dire que M. Charles Desbassayns, l’un de ses