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femmes à droite et derrière l’épouse, et les hommes à gauche. Si le mariage a lieu dans une saison où l’on redoute l’influence fâcheuse des rayons du soleil, les femmes ajoutent à leur riche costume un chapeau rond de feutre, qu’elles empruntent ordinairement pour cette seule occasion, et qu’elles ornent de plumes, de galons, de rubans et de fleurs.

Aussitôt que le son des flûtes et les cris de joie de la foule annoncent l’arrivée de la troupe, la belle-mère de l’épouse ou sa plus proche parente se prépare à la recevoir, tenant à la main un verre d’eau et un plat contenant du blé, du sel et des dragées. Elle s’avance à leur rencontre jusqu’à l’entrée de la cour ; dès qu’elle les aperçoit, elle répand l’eau et leur jette quelques poignées de ce mélange, pour maquer l’abondance qu’elle leur souhaite ; c’est ce que l’on appelle distribuer la grazia (la grâce) [1]. L’épouse est alors conduite sous le vestibule, près d’une able couverte d’un riche tapis, auprès de laquelle est placé un petit tabouret servant de marche-pied. C’est là que, selon l’étiquette, l’épouse doit descendre de cheval ; transportée sous le péristyle, elle baise la main de ses nouveaux parens, en signe de respect et de soumission, et elle est ensuite introduite dans la chambre nuptiale, nommée sa domu e lettu (la chambre du lit). Dans quelques cantons de l’île, ce n’est qu’au moment de cette introduction que la belle-mère lui jette la grazia.

Pendant le festin, les deux époux mangent de nouveau dans le même plat et avec la même cuillère ; un bal termine la journée.

  1. La grazia rappelle les noix que les Romains jetaient en pareille occasion. Le verre d’eau est un reste du rite hébreu.