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il ne pouvait le faire sans déroger à sa dignité ; mais il lui demanda comment elle avait échappé au massacre de la rivière des Moines, et quel était en ce moment son mari. Elle désigna le Mandan qui venait de lutter de générosité avec Payton Skah, et qui l’avait épousée après avoir sauvé ses jours. Elle avait à peine achevé, que ce guerrier s’approcha de l’Yankton, à qui il offrit de devenir son kodah, ou frère d’armes, et de reprendre Tahtokah ; car, parmi ces tribus un Indien peut céder son épouse à son kodah. Ces deux propositions furent acceptées avec joie.

Cinq jours entiers furent consacrés par les Mandans à fêter le brave Yankton, qui partit ensuite, emmenant avec lui Tahtokah et trois chevaux chargés de présens par ses anciens ennemis. Son frère d’armes, avec une suite nombreuse, l’accompagna pendant la moitié du chemin, et reçut, en le quittant, sa promesse d’un prompt retour. En effet, deux mois s’étaient à peine écoulés, que Payton Skah était de nouveau chez les Mandans, accompagné de six guerriers sioux, qui furent reçus et traités de la manière la plus honorable. Un nombre égal de Mandans les reconduisit dans leur tribu, et y fut l’objet des mêmes attentions. La paix amenée par cet heureux évènement s’est prolongée jusqu’à ce jour sans interruption. Quant à Peyton Skah, il vit disparaître, avec la cause qui l’avait produite, la noire mélancolie qui le dévorait, fut de nouveau heureux à la guerre et à la chasse, et cessa de croire qu’il était abandonné par le Grand-Esprit.