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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/230

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prit la main de Payton Skah, en signe d’amitié. Il ordonna ensuite aux femmes de préparer un repas, et les deux généreux ennemis s’assirent et fumèrent ensemble. Le Mandan raconta qu’il était allié aux Sioux, attendu que sa mère et sa femme étaient des prisonnières de cette tribu. L’Yanktou lui répondit que, puisque le Grand-Esprit ne voulait pas qu’il mourût, il allait travailler à cimenter entre les deux nations une paix solide et durable.

Bientôt le reste de la troupe arriva, et apprit la présence d’un Sioux dans le village. Les femmes poussèrent des cris de rage et de vengeance, et les hommes, agitant leurs armes, se précipitèrent vers la butte. Mais le Mandan se plaça sur la porte, déclarant qu’il défendrait au péril de ses jours les droits de l’hospitalité. Sa résolution, l’aspect des armes avec lesquelles il se disposait à la soutenir, en imposèrent à cette foule, qui s’éloigna pour délibérer. Les vieillards décidèrent que l’étranger devant être enfermé prisonnier dans la hutte du conseil, et attendre ce qui serait résolu sur son sort.

Indifférent à tout ce qui pouvait lui arriver, Payton Skah s’avança fièrement vers le lieu désigné, au milieu d’une garde nombreuse, et poursuivi par les cris et les malédictions des femmes. Son nouvel ami raconta au conseil comment il avait pénétré dans le village seul et sans armes, comment il avait épargné les jours des femmes et des enfans qu’il aurait pu égorger, et la paix qu’il avait offert de négocier entre les deux tribus. Tant de bravoure et de générosité trouvèrent grâce auprès des Mandans, et remplacèrent la haine dont, peu d’instans auparavant, leurs cœurs étaient dévorés, et qui disparut comme la neige qui fond aux rayons du soleil. On déclara unanimement que Payton Skah serait traité comme doit l’être un brave, et renvoyé chez lui avec honneur.

En ce moment, une femme se précipita dans la hutte, perça les rangs des guerriers armés, et vint se jeter dans les bras du Dahcotah. C’était Tahtokah, sa première épouse, et l’objet de tant de regrets. Il ne répondit pas à ses caresses,