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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/223

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verres de Madère, se retirait sans souper à neuf heures.

Parmi les chiens français, il y en avait un nommé Vulcain, qui porta plus d’une fois sur son large dos, dans les jours de son enfance, l’auteur de ces lignes. Il arriva qu’un jour où une nombreuse société était à dîner à Mont-Vernon, la maîtresse de la maison s’aperçut que le jambon, l’orgueil des tables de Virginie, manquait au poste d’honneur. On questionna Frank, le plus poli et le plus accompli des majordomes : il répondit qu’un jambon, et même un très-beau jambon, avait été préparé conformément aux ordres de madame ; mais, hélas ! tandis que la pièce savoureuse fumait dans le plat, entre dans la cuisine le vieux Vulcain, qui sans façon y enfonce ses dents. En vain les domestiques saisirent bravement les armes qu’ils avaient sous la main, et combattirent en désespérés contre le vieux ravisseur ; Vulcain finit par triompher et emporter sa proie, sous le nez du cuisinier. La dame prit fort mal la perte d’un plat, ornement de sa table, et exhala son humeur contre Vulcain et toute la gente canine en général, tandis que Washington, qui avait entendu cette histoire, la raconta à ses hôtes, et rit de bon cœur avec eux du dernier exploit du vieux chasseur.

En 1787, le général Washington, appelé à présider le congrès qui établit la constitution fédérative, abandonna ses chiens, et dit pour jamais adieu au plaisir de la chasse.


(Souvenir d’un chasseur)