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Sa meute était placée environ à cent verges au sud du caveau funéraire de sa famille où dorment maintenant ses restes vénérés. Ce bâtiment quoique d’une grossière construction, offrait pourtant un logement commode pour les chiens : un vaste enclos palissadé et une fontaine au milieu. La meute nombreuse et choisie était inspectée soir et matin par le colonel, ainsi qu’il le faisait pour ses écuries. Elle était si bien dressée (et c’était pour lui un motif d’orgueil et une preuve de son habileté), que si un chien de tête perdait la piste, un autre la reprenait immédiatement, et qu’au moment où ils étaient le plus lancés, on aurait pu les couvrir tous avec un drap.

Pendant la saison de la chasse, Mont-Vernon était le rendez-vous des nombreux amateurs des environs, du Maryland et d’ailleurs. Leurs visites ne duraient pas des jours, mais des semaines, et ils étaient traités sur le bon vieux pied de l’ancienne hospitalité de Virginie. Washington, toujours supérieurement monté et dans un vrai costume de chasse surtout bleu, veste écarlate, culotte de peau de daim, bottes à revers, casquette de velours et fouet à longues courroies, se mettait en campagne au lever du jour, avec son piqueur Will Lee, ses amis et ses voisins. Personne ne galopait avec plus d’ardeur, et personne n’éveillait d’une voix plus animée l’écho des forêts que celui qui, par sa voix et son exemple, était destiné plus tard à animer ses compatriotes dans leur lutte glorieuse pour l’indépendance. Tel était l’établissement de chasse de Mont-Vernon avant la révolution d’Amérique.

Après la paix de 1783, cet établissement, qui avait été détruit pendant la guerre, fut renouvelé par l’arrivée d’une meute de chiens français, envoyés par le marquis de Lafayette. Ces chiens de chasse étaient d’une grande taille : chien s descendant des anciens molosses, aux fortes mâchoires, aux longues oreilles qui balayaient la rosée du matin, aux fanons de buffle de Salone, aux gueules béantes comme des cloches.