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ciel et les profondeurs de la terre. Ne demandez plus comment s’agglomèrent ces météores aqueux qui voyagent si rapidement au-dessus de nos têtes, comment se forment les fleuves et les rivières : voyez les vapeurs se balançant sur les larges flancs de la montage envelopper sa cime comme d’un crêpe noir, puis se diviser et partir pour aller au gré des vents porter au loin le ravage ou la fertilité ; voyez des glaciers éternels renfermés entre ces mêmes flancs descendre à la fois vingt ruisseaux à travers la verdure, comme des ciselures d’argent sur un fond noirâtre, pour se réunir dans la vallée, et ne plus remplir qu’un même lit.

Edifices immenses, les montagnes dans leur énormité ne nous charment pas moins par les grâces et la légèreté de leurs coupes, que toutes les petites constructions de nos grands architectes. Quand le ciel est pur, la limpidité de l’atmosphère qui les enveloppe est d’un effet prestigieux, leurs vastes cimes échancrées, déchiquetées de mille façons surprenantes, semblent jetées dans les airs pour le disputer aux nues par leur mobile souplesse. Il y a même plus que de la mobilité matérielle dans cette illusion, et si quelques ondulations de terrain, quelques accidens ordinaires qui rompent l’uniformité de la plaine, ont pu justifier l’expression de mouvement qu’on leur applique habituellement, il faut dire que dans la variété infinie, dans le croisement innombrable de lignes, de plans et de contours que présente le relief des hautes proéminences, il y a une agitation, un ébranlement qui tiennent de la vie. Placez-vous seulement sur le pic du Midi de Bigorre dans les Pyrénées, contemplez le large horizon des crêtes altières qui se dressent fièrement devant vous sous les rayons d’un soleil brillant, inspirez-vous du sentiment que vous fera naître cette grande scène, appesantissez-y profondément votre pensée, et vous verrez, à travers cette extase rêveuse, que ces grands corps à figures si nouvelles, si insolites, sembleront s’animer d’une expression vivante. Frappé de leurs physionomies tranchées et disparates, vous interrogerez les traits des plus voisines pour y