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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/135

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— Ne faites pas cela, me dit-il, en devenant pâle et en serrant les lèvres, car je suis votre guide ; vous m’avez payé et je dois vous prévenir. Savez-vous qu’après notre Seigneur Jésus-Christ, ces quatre hommes sont nos dieux à nous ? savez-vous que chaque paysan vendéen fait ici sa prière comme à ces stations de la Vierge que vous trouverez à l’entrée de nos villages ? Ne faites pas cela, ou écartez-vous des haies. »

Nous arrivâmes à Tiffauge, sans dire un mot de plus.

Tiffauge est une ancienne station romaine ; César, dans sa guerre des Gaules, y envoya Crassus, son lieutenant, avec douze légions ; de là il se rendit à Theowald, aujourd’hui Doué, et y établit son camp. Crassus adolescens cum legione VII, proximus mare Occanum Andibus hiemabat [1]. Jamais cette partie des Gaules ne fut entièrement soumise aux Romains ; les rois pictes y défendirent toujours leur liberté. À peine Auguste est-il monté sur le trône, que le Bocage jette un nouveau cri de guerre : Agrippa y court, il croit avoir soumis les habitans et revient à Rome. Nouvelle révolte : Messala lui succède, emmenant avec lui Tibulle, qui, en sa qualité de poète, prend pour lui une partie des honneurs de la campagne.

Non sine me est tibi partus honos : Tarbella Pyrene
Testis, et Oceani littora Santonici.
Testis Arar, Rhodanusque celer, magnusque Garumna,
Carnuti et flavi cærula lympha Liger.


Ce qui veut dire à peu près :

« Ces honneurs, tu ne les as point acquis sans moi : les murs de Tarbes en sont témoins, ainsi que les rivages de l’Océan de Saintonge. J’en atteste encore l’Arare et le Rhône rapide, la grande Garonne et la Loire aux flots azurés. »

Peut-être aussi Tibulle n’a-t-il suivi Messala que comme

  1. Commentaires de César, liv. III, §VII.