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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/118

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On vit en peu d’années ces nomades subjuguer la meilleure partie de l’Asie et de l’Afrique, depuis l’Inde jusqu’à l’Océan atlantique. Mais lorsque les vainqueurs se furent disséminés sur le vaste théâtre de leurs exploits, et que l’Arabie se trouva épuisée, il fallut recourir à de nouveaux champions. Outre les habitans des pays conquis qui avaient embrassé le nouveau culte, et qui, dès l’origine, furent admis dans les rangs des vainqueurs, on enrôla les peuples des montagnes, tels que les Curdes et les nomades de toutes races, répandus en Afrique et en Mésopotamie ; en un mot, l’on fit un appel à tous ceux qui, par leur vie dure et grossière, étaient propres à soutenir le poids des armes ; on finit même par rechercher l’appui des descendans de ces mêmes Scythes, qui, pendant si long-temps, avait épouvanté les nations amollies du midi de l’Asie ; et les enfans des compagnons de Mahomet furent défendus par les féroces habitans des contrées situées au nord de la mer Noire, de la mer Caspienne et de l’Oxus. Dès le Ixe siècle de notre ère, les califes de Bagdad étaient gardés par des esclaves turcs, et les successeurs d’Aaron Alraschid accordaient les postes de confiance à des guerriers de la même nation.

La prépondérance des Turcs allat toujours en croissant, jusqu’à ce que des tribus entières de ces barbares traversant l’Oxus, s’avancèrent en armes, sous la conduite des enfans de Seldjouk, dans l’intérieur de la Perse, et ne tardèrent pas à arriver jusque sur les rives du Bosphore, en face de Constantinople. On était alors dans le XIe siècle de notre ère. Jusque-là les Turcs avaient servi dans les armées musulmanes comme mercenaires. Ils eurent dès ce moment à leur tête des chefs de leur propre nation, et on vit successivement leurs sultans