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spéciaux, ceux qui sont fondés sur les localisations, sur la continuité de l’évolution, ne sont pas plus valables. Allons plus loin encore : le mécanisme ne peut expliquer les phénomènes de la vie ; mort phogénie, hérédité, régénération, restitution, comportement, ce sont là, comme l’ont montré Driesch et pour le comportement Jennings, autant de phénomènes irréductibles au mécanisme. Aussi bien, le darwinisme lui-même ne nous amène-t-il pas à croire que la conscience a un rôle à remplir dans la lutte pour la vie ? Si maintenant nous envisageons les phénomènes psychiques, nous voyons que le parallélisme ne peut pas expliquer l’unité de ces phénomènes, la fusion des sensations dans le sensorium commune, ne peut pas nous faire comprendre pourquoi une tache lumineuse vue avec des verres rouges et bleus apparait parfois pourpre, parfois bleue, et parfois rouge et pourquoi par un effort volontaire, nous pouvons faire prédominer l’une ou l’autre de ces couleurs. À plus forte raison, le parallélisme ne peut-il nous faire comprendre le caractère de tendance, de signification, de « meaning » qu’ont nos états de conscience, ni l’unité de nos sentiments, ni leur action sur le corps, ni l’existence de la volonté, ni celle de la mémoire. Pour un empiriste véritable, nous dit M. Mac Dougall dans sa conclusion, l’animisme est plus satisfaisant que le parallélisme ; sans doute, il laisse lui aussi des questions ouvertes et soulève des difficultés. En tout cas, il demeure sur le plan de la science empirique ; il peut faire avancer la science, ce que le parallélisme selon M. Mac Dougall ne saurait faire. — Il reste à se demander quelle sorte d’animisme nous devons adopter. L’auteur combat la doctrine suivant laquelle l’âme est une énergie qui peut se transformer en d’autres énergies. Plus il discute la « transmission theory » de James et de Bergson qui, selon lui, ne peut expliquer ni l’interaction psycho-physique ni l’individualité ni la mémoire, et qui amène nécessairement, dit-il, à croire en une fusion et en une composition des états de conscience. Comment donc caractériser l’âme ? En disant qu’elle est un ensemble unifié de capacités de pensées, de sentiments, et d’efforts qui par le souvenir peut rattacher le passé au présent dans une certaine mesure. Elle est donc une forme tandis que le contenu de la conscience est fourni par le cerveau. Cette conception seule nous permet de comprendre la morphogénie, l’hérédité, l’évolution.

L’ouvrage est utile : pourtant il appelle certaines critiques. M. Mac Dougatl veut nous apprendre l’opinion des contemporains sur le spiritualisme et le vitalisme ; il ne nous parle pas de Reinke et de son école ; d’autre part, il ne cite pas le nom de Le Dantec. Plusieurs des arguments invoqués contre le parallélisme restent peu convaincants, apparaissent comme des arguments d’écoles auxquels il ne serait pas difficile d’en opposer d’autres. On a peine à comprendre l’action d’une bille sur une bille ; mais l’action de la pensée sur le corps est sans doute plus difficile à comprendre. Il n’est pas nécessaire que dans le parallélisme, si on prend ce mot au sens large, — tout événement ait un correspondant psychique. Est-il vrai que l’animisme n’implique pas de métaphysique ? Est-il vrai qu’il faille nécessairement opter entre l’animisme et le parallélisme et qu’il n’y ait pas d’autre solution ? Les arguments contre la théorie de James et celle de M. Bergson ne sont pas entièrement satisfaisants ; pourquoi leur théorie ne pourrait-elle par exemple expliquer l’individualité ? Il est regrettable enfin que quand il s’agit d’exposer sa propre doctrine, M. Mac Dougall le fasse si brièvement, en deux pages, et se ̃contente de déclarer que l’âme est forme et le corps matière. Nous aurons d’ailleurs sans doute l’occasion de revenir plus longuement sur les travaux de M. Mac Dougall.

Authority, by. A. V. C. P. Huizinga. 1 vol. de 270 p. Boston, Sherman et French. 1911. — M. Huizinga examine comme l’indique le sous-titre de son livre « la fonction de l’autorité dans la vie et sa relation avec le légalisme en morale et en religion ». La pensée de l’auteur est souvent difficile à suivre ; elle va de citation en citation, commentant, expliquant, approuvant. Il insiste surtout sur cette idée : partout dans la religion, dans la conscience, dans la philosophie, c’est l’autorité qui parle et qui dicte. Sans doute, il existe une équation personnelle, une liberté individuelle dont les interprètes de l’autorité doivent tenir compte ; il y a donc une certaine part de vérité dans le subjectivisme, comme il y a une part de vérité dans le pragmatisme, quand il nous montre la fonction de la foi dans notre vie. Mais l’autorité, malgré les efforts du subjectivisme, du modernisme, du pragmatisme, reste un élément essentiel de toute pensée et de toute société. Dieu, le Dieu révélé, est la garantie de la vérité. On remarque dans ce livre à la fois un désir de discipline qui se retrouve assez souvent chez les écrivains américains