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absolument acceptables, et toutes contribuent à rendre le texte plus lisible ; tout en se tenant éloigné de l’arbitraire souverain avec lequel Bolland avait corrigé le texte de Hegel, Lasson a eu d’autant plus raison de ne pas respecter pharisaïquement le texte et la ponctuation des éditions anciennes, que Hegel introduisait dans ses premières épreuves des additions et des modifications nombreuses, et ne lisait pas de secondes épreuves : d’où des incohérences, des surabondances et des lacunes verbales qui rendent certains endroits presque illisibles. M. Lasson a fait précéder l’édition d’une introduction étendue et remarquable où il étudie la place de la philosophie du droit dans le système de Hegel, cette philosophie du droit en elle-même, et l’esprit de la politique de Hegel. Bien que porté souvent à approuver le philosophe sur des points où ses contemporains eux-mêmes et, à plus forte raison, les générations suivantes sont portées à le condamner, M. Lasson fait, sur d’autres points d’intéressantes réserves, ou bien il a cherché et trouvé dans les circonstances historiques la justification de ce qu’il peut y avoir parfois dans la construction de Hegel de court et d’étroit. En tout cas, il a parfaitement établi que, partisan de la monarchie constitutionnelle et des droits de l’État moderne, et libéral, sinon démocrate, Hegel, si l’on tient à l’appeler le « philosophe de la restauration », n’a, du moins, rien de commun avec un féodal comme Haller ou un théocrate comme Stahl.

Der Inhalt und die Bedeutung des Begriffs der Idee in Hegels System, par Julius Esslen. 1 broch. in-8 de 67 p., Grevenmacher, 1911. — L’objet de cette dissertation inaugurale est de préciser le contenu et la signification du concept d’idée dans le système de Hegel. Dans une première partie l’auteur passe rapidement en revue toutes les parties de la philosophie de Hegel, en signalant spécialement les passages des œuvres de Hegel où le rôle de l’idée est le plus nettement mis en lumière. Dans une seconde partie, plus neuve, et, quoique l’auteur s’y inspire de son maître Eucken, vraiment personnelle, M. Esslen esquisse une critique de Hegel, c’est-à-dire de l’intellectualisme pour lequel la pensée est toute la vie de l’esprit, et l’intensité de la pensée la mesure de la vie, qui veut déduire logiquement toute la réalité et qui identifie la science humaine avec la réalité absolue (p. 52) ; M. Esslen conteste successivement que la raison humaine puisse contempler la vérité une et absolue, et se réduire ainsi à une contemplation passive : que la pensée à elle seule puisse sans le concours de l’expérience porter en elle la vérité intégrale ; qu’elle doive toujours tenir pour rationnelle la réalité donnée en fait, que la pensée puisse être ainsi isolée de la vie du sujet. M. Esslen fait suivre ces observations générales de quelques remarques vraiment vigoureuses sur la conception hegélienne de la morale, de la religion et de l’histoire. Parmi les critiques de M. Esslen, il en est que Hegel lui-même ou ses disciples immédiats avaient déjà réfutées ; mais il en est d’autres qui signalent des difficultés graves du système hegélien, difficultés que le néo-hegélianisme de nos jours se doit d’envisager sérieusement et d’essayer de résoudre, s’il veut être autre chose qu’une pure et simple restauration archéologique d’un système mort.

Rudolf Euckens Bedeutung für das moderne Christentum, par le Dr Kurt Kasseler. Broch. in-8 de 66 p., Bunzlau, G. Kreuschmer, 1912. Cette courte étude n’est pas un pur et simple résumé des idées religieuses d’Eucken ; c’en est la défense, du point de vue du christianisme « moderne » contre les critiques récentes de catholiques comme Mausbach, de protestants comme Bornhausen et von Gerdtell ; c’est une tentative pour établir que, par l’effort d’Eucken, l’essentiel de la religion de Jésus a été sauvé pour l’homme moderne. Ce qui caractérise la pensée moderne, par opposition à l’intellectualisme de l’antiquité et du moyen âge, c’est la croyance au primat de la volonté, du sentiment, du cœur, de la raison pratique ; par opposition au mépris idéaliste pour la réalité donnée, l’attachement à cette réalité, le naturalisme ; enfin un prix toujours plus grand attaché à l’épanouissement de la personnalité individuelle. Ces conceptions modernes ont exercé sur la religion une profonde influence : elles ont rendu impossible la scolastique, elles ont fait de la vie morale l’essence de la religion, elles ont mis au second plan les questions métaphysiques et eschatologiques. Mais, de même qu’en général cette pensée moderne pose un grand nombre de problèmes vitaux qu’elle ne résout pas, de même, dans la religion en particulier, elle risque, malgré tous ses mérites, de faire évanouir l’essentiel de la vie religieuse, le désir d’échapper à ce monde, la volonté d’un autre monde. Pour bénéficier de tous les avantages de la pensée moderne et en éviter les périls, il faut créer une métaphysique épurée de toute déviation ontologique (p. 28) : tel est l’idéalisme d’Eucken qui proclame la