Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 4, 1912.djvu/10

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui est le pluralisme, le psychisme (qu’il appelle avec finesse un pluralisme longitudinal ou successif), le théisme, le méliorisme, le moralisme de James, enfin sa théorie de la volonté de croire. Dans la conclusion, il esquisse une comparaison entre la philosophie de James et celle de M. Bergson, il montre que James a évolué vers un empirisme et un anti-intellectualisme de plus en plus complets, ce qui semble exact, avec quelques réserves pourtant : il soutient que, si sur certains problèmes ardus et techniques la pensée de James a varié, la partie populaire de sa philosophie, sa vision du monde est bien restée la même toujours. Le volume est complété par une étude sur les Variétés de l’Expérience Religieuse qui avait paru autrefois dans la Revue philosophique, et par une bibliographie de tous les articles et de tous les livres de James traduits en français. Malgré les quelques critiques « techniques » qu’on peut adresser à ce volume qui fait profession de n’être pas technique, l’exposé de la philosophie de James est bien fait ; il a une allure à la fois élégante et « négligée » comme le dit M. Flournoy dans sa préface ; il nous présente d’une façon heureuse la philosophie et la figure de James en des pages pénétrantes et émues.

Les Forces Éternelles et autres Essais, par Emerson, traduits de l’anglais par K. Johnston, avec une préface de M. Bliss Perry. 1 vol. in-8 de 241 p., Paris, Mercure de France, 1912. — Les essais d’Emerson sont heureusement choisis (celui qui est intitulé la Femme semble cependant moins essentiel) et choisis parmi les essais les plus difficiles. Les Forces Éternelles, la Méthode dans la Nature, Cercles, le Tragique, Amitiés, donnent une idée à la fois de la philosophie et du caractère d’Emerson. Dans tous on retrouve la même observation patiente de ces forces éternelles qui opèrent en nous et autour de nous, et aussi ces élans soudains, ces images hardies et belles, ce culte de l’action uni au culte de la réceptivité. La traduction est souvent élégante ; pourtant, il y a des impropriétés : la durée n’est qu’une expression de degrés (a word of degrees) (p. 114) ; p. 67, tardily est traduit par tardivement, au lieu de : lentement ; auger par : conjecture, au lieu de : tarière. Des mots comme : consecration, conspiring sont faiblement rendus ou passés (p. 65). Enfin il y a des fautes d’impressions ou des oublis qui sont graves (p. 190 : J’ai la prostitution du nom de l’amitié ; pour décorer les unions selon le monde ; au lieu, sans doute, de : j’ai en horreur…) La courte préface de M. Perry est pleine de formules curieuses et d’idées intéressantes, par exemple sur les origines du transcendantalisme (puritanisme d’une part, philosophie idéaliste et révolutionnaire de l’autre) ; mais est-il sûr que les transcendantalistes furent des rationalistes saturés d’émotion ? furent-ils des rationalistes ? Dans l’introduction de K. Johnston, on trouve une vie d’Emerson, et une sorte de portrait moral du philosophe qui est bien fait.

Das künftige Jahrhundert der Psychologie, par G. Heymans. Traduit du hollandais par H. Pol. 1 vol. in-12 de 52 p. ; Leipzig, Barth, 1911. — Dans un discours d’apparat prononcé devant le grand public d’une fête universitaire, discours d’une grande élévation morale, et d’une haute tenue littéraire, le professeur de l’Université de Groningue proclame l’avènement prochain du « siècle de la psychologie. » Le xixe siècle a été celui des sciences de la nature. Ces sciences ont transformé le monde, mais elles n’ont pas apporté à l’homme le bonheur, parce que celui-ci naît de la paix intérieure, et que celle-ci suppose la connaissance parfaite de soi-même, et celle des autres hommes ; il suppose aussi une certaine communion intime avec la nature extérieure, que réalisait la religion autrefois et que ne nous procure pas la science : Aussi ce siècle passé a-t-il été, en même temps que celui de la science, celui de l’incurable pessimisme, de l’inquiétude morale, de la mélancolie sans espérance, de la neurasthénie et du suicide. M. Heymans fait sans pitié le procès de la culture moderne. Mais le remède pour lui n’est pas celui que certains penseurs proposent, le retour à la vie simple, ou la résurrection de croyances désuètes. Il l’affirme avec énergie : « Aux maux de la civilisation, c’est la civilisation seule qui apportera le remède. » Mais ce remède, il faut qu’elle l’apporte.

Certes la science nouvelle, qui guérira les maux centre lesquels ses aînées ont été impuissantes, la psychologie, n’est pas encore capable de résoudre tous les problèmes qui s’imposent à notre société. Mais les progrès réalisés dans l’étude de l’enfant, du meurtrier, de l’aliéné, dans la classification des caractères, nous donnent déjà des indications de ce qu’elle pourra plus tard. — Elle rendra possible tout d’abord la connaissance de soi-même, une connaissance méthodique, précise, qui distinguera l’essentiel de l’accessoire, et cela à un âge où il sera encore possible, et où il vaudra la peine de changer l’orien-