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inventé les anesthésiques. « Sans doute », répond M. Mesure (p. 49).

Le second livre intitulé « Physiologie et Psychologie » développe la thèse épiphénoméniste. La conscience n’a pas de valeur mécanique. Je puis rendre compte de l’activité de tous les êtres qui m’environnent en racontant leurs démarches dans le langage de la conservation de l’énergie. Donc ces êtres sont des marionnettes et je dois me considérer moi-même comme une marionnette consciente.

Qu’exprime cette conscience ? Quand, dans quelles conditions jaillit-elle ? Puisque l’habitude fait passer un acte du conscient à l’inconscient, la conscience exprime la variation en train de s’accompagner, l’adaptation commençante et non achevée.

Mais, en exposant sous cette forme simple une théorie que l’auteur développe dans plus de cent pages, nous la dépouillons de tout ce qui lui donne une apparence de nouveauté et de profondeur. Il faudrait résumer la théorie des « liaisons » qui possèdent chacune un élément de conscience (p. 93), élément qui s’assoupit petit à petit quand les liaisons ne sont plus contrariées (p. 98) : la théorie de la synthèse consciente représentée par le symbole , équation dans laquelle « on ne doit pas attribuer au mot somme la signification que nous donnons à ce mot quand il s’agit de grandeurs mesurables additives » (p. 105). – Alors à quoi bon cette algèbre ?

Après avoir éclairci à sa manière le problème de la conscience par le langage de l’équilibre, M. Le Dantec s’occupe du langage des métaphysiciens et reproduit sa discussion avec M. Bergson, qu’on a pu lire dans la Revue du Mois (numéros d’août et de septembre 1907).

L’ouvrage se termine par des considérations sur les rapports de la science et de la morale, de la science et de l’art, lesquelles ne nous renseignent guère que sur les goûts particuliers de l’auteur.

Il est superflu d’ajouter que M. Le Dantec exprime en plus de vingt endroits son mépris pour la philosophie dont il a une bizarre conception : « Nous ne pouvons rien faire sans parler… Nous nous racontons es images vocales tout ce qui se passe en nous. C’est ce que nous appelons penser. C’est peut-être à cause de cette tendance au bavardage que j’ai été amené à faire de la philosophie. » Il y a de la vérité dans cette ironie. Ce n’est peut-être pas cette tendance au bavardage qui a poussé M. Le Dantec à philosopher, mais c’est bien cette tendance à prendre la phrase pour la pensée réelle et le symbolisme mathématique pour l’explication profonde de la vie qui lui a inspiré le genre de philosophie qui est le sien.

Évolutionnisme et Platonisme, mélanges d’histoire de la philosophie et d’histoire des sciences, par René Berthelot, Membre de l’Académie de Belgique. 1 vol. in-8 de iv-326 p., Paris, Alcan, 1908. – Voici un ouvrage excellent, riche en vues nouvelles sur l’histoire de la philosophie et des sciences, qui sont en même temps des vues nouvelles sur la philosophie. L’ouvrage ne contient rien d’inédit, si l’on fait exception : 1° pour le développement plus grand donné parfois à l’expression de sa pensée, dans la reproduction des discussions de la Société de Philosophie ; 2° pour trois appendices érudits, se rapportant à l’une ou l’autre des parties du livre, et consistant en autant de curieux recueils de citations « sur le darwinisme, le lamarckisme et le cuviérisme évolutionniste », « sur l’idée du temps chez Guyau » et sur le système de Hegel. Mais comme le reste a paru, soit sous forme d’articles de dictionnaire, soit dans les bulletins d’une société savante, il valait la peine d’en entreprendre la réimpression, en vue de grouper les divers essais, comme se le propose expressément M. René Berthelot, autour d’une, ou plus exactement de deux idées centrales. L’idée dialectique, d’abord. « La pensée n’est possible que dans certaines conditions qui sont liées à sa nature. Il y a certains rapports nécessaires, éternels, uns et identiques avec eux-mêmes dans toutes les parties de l’espace et du temps, certaines idées que la pensée affirme de tous les phénomènes temporels et spatiaux, de tous les objets, par cela seul qu’elle les pense ; et le devoir du philosophe est de déterminer dans leurs relations mutuelles ces idées, qui sont les concepts fondamentaux des mathématiques » (p. 278). L’idée d’évolution, d’autre part, et d’évolution soumise à des lois, inséparable de l’idée d’une dialectique intégrale. « Ce qui fait, nous dit M. René Berthelot, l’insuffisance du kantisme, et d’autres formes du rationalisme aussi, c’est de n’avoir pas rattaché aux lois éternelles de la pensée la loi du développement temporel de l’univers » (p. 272). Et M. René Berthelot semble adopter la thèse de Hegel, suivant qui, nous dit-il, « la position même de l’Idée, sous sa forme la plus générale et la plus indéterminée, implique nécessairement la notion d’une évolution de l’Idée dans le temps : bien plus, qu’elle implique la loi de cette évolution, loi qu’on ne saurait sans contradiction concevoir comme autre que ce qu’elle est. La métaphysique