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« le mouvement ascendant de la valeur sentimentale, la douleur en est le mouvement descendant » ; la connaissance n’est pas un phénomène étranger aux objets, mais une activité parmi les objets. En un mot : tous les objets sont des formes, des états, des modes de la substance essentielle du sujet.

Otto Kröger : La religion à la lumière du pur idéalisme (2e article). — Comme suite à l’étude précédente, O. Kröger examine la religion au point de vue idéaliste. Religion et conception du monde (Weltanschauung) ne sont pas aussi différentes qu’elles le paraissent : la religion est une compréhension sentimentale, la Weltanschauung une compréhension logique de l’essence des objets. La religion pose comme essence dernière des choses Dieu ; et si elle n’apporte à l’appui de cette affirmation aucune preuve définitive, l’athéisme empirique, de son côté, n’est capable de donner que des preuves négatives ; au reste, l’athéisme scientiste se basant inconsciemment, pour affirmer la limitation et la logique de l’Univers, sur l’existence du vide, est en contradiction avec lui-même et avec ses principes. Après avoir étudié la différence qui existe entre connaître et croire (Wissen und Glauben), différence qu’il croit voir dans l’opposition entre le caractère subjectif de la croyance et le caractère objectif du savoir, O. Kröger expose les trois conceptions théologiques et philosophiques de Dieu : empirique, théiste et idéaliste. C’est la conception empirique de Dieu qu’a détruite le matérialisme moderne ; le Dieu du théiste et celui de l’idéaliste sont au fond identiques et ne donnent pas prise aux attaques du rationalisme scientiste et athée.

Prof. Karl Shopek (Vienne) : La création d’une conception idéale du monde : Étude de philosophie historique. — Étude à larges touches, nécessairement superficielle, mais intéressante, solide et originale, de l’historique du panthéisme, du matérialisme, du dynamisme. Cet article donne une vue d’ensemble logique sur l’évolution des conceptions métaphysiques de la matière et de la force.

Fritz Munch (Iéna) : L’avenir de la Philosophie et de la Psychologie. — Lamprecht prétendait (Zukunft, nos 27, 33, 39, 1913) que la psychologie et la philosophie étaient appelées à converger et à se confondre. Simmel, au contraire, soutenait qu’elles divergeraient et deviendraient de plus en plus étrangères l’une à l’autre. F. Münch prétend résoudre le débat et clore la question en distinguant une psychologie proprement scientifique et une psychologie philosophique.

Friedrich Strecker : Les deux activités fondamentales de la pensée. — Pour Strecker, ces deux activités fondamentales sont : le processus abstractif, qui opère sur les impressions reçues du monde extérieur, et le processus concrétisant et fixatif, dont le principal effet est de reproduire la représentation.

Cœnobium (1912-1913). — Par ses vastes enquêtes sur les problèmes les plus troublants de la pensée contemporaine, « Cœnobium » a pris un intérêt tout particulier. Libre discussion pour arriver à une libre entente et par suite à une plus grande harmonie spirituelle, telle est la tâche délicate que mène à bien cette revue. Sur le problème religieux, ses rapports avec la science et la morale, on trouvera des documents considérables, d’inégale, de très inégale valeur, mais tous empreints de courtoisie et de sincérité.

Fasc. I et II.Harnack et Loisy, par C. Piepebring. — Harnack a eu tort de laisser de côté les doctrines eschatologiques de Jésus ; mais qu’il s’agisse d’expliquer l’évangile ou la théologie paulinienne, Loisy a trop négligé la personnalité de Jésus ou celle de Paul pour ne recourir qu’à des influences extérieures.

Fasc. IV.Le théisme, par H. Camerlynck. — Vigoureuse défense de la religion naturelle.

Fasc. VI.Il nostro ideale di coltura, par G. Tauro. — La culture ne consiste pas à satisfaire le besoin de connaitre, mais à développer la puissance spirituelle et la fraternité.

Fasc. VII.La reconnaissance mystique du divin, par P. Couissin. — Si les états mystiques sont purement subjectifs, ils n’ont aucun rapport avec le divin ; s’ils ont dus au merveilleux démoniaque, ils font naître l’ambition et la tristesse ; s’ils sont dus au merveilleux divin, l’âme se sent plus courageuse et plus puissante. Les mystiques distinguent eux-mêmes le vrai du faux ; la véritable expérience religieuse a des effets utiles.

Fasc. VIII.Petitesse, instabilité, néant de l’homme dans la philosophie de Montaigne, par M. Dell’Isola. — Les chapitres des « Essais » où se révèle l’influence de Sénèque, ne traduisent pas la pensée de Montaigne, mais simplement son « enthousiasme littéraire ». Méprisant l’orgueil métaphysique, l’auteur des « Essais » se borne à nous donner des conseils de vie pratique. L’homme est