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de la connaissance, et de s’être demandé surtout si l’expérience intérieure comme telle, et notamment en tant qu’on l’oppose à l’expérience extérieure, possède un caractère gnoséologique propre, une valeur propre. Par une méthode assez originale, critiquable peut-être en soi, mais maniée par l’auteur avec beaucoup d’habileté et d’élégance, on s’achemine vers la théorie de l’auteur à travers la critique des autres théories proposées. Et par là l’ouvrage, en dehors de ses conclusions fort intéressantes, se recommande encore comme une bonne étude d’histoire de la psychologie moderne. Dans un premier chapitre M. Phalén étudie l’expérience intérieure par opposition à la connaissance spéculative de l’âme, et il montre d’une part que l’expérience, alors qu’on l’oppose à la spéculation, est elle-même connaissance spéculative, d’autre part, au moyen de l’analyse des théories de Mill et de Meinong sur la connaissance expérimentale immédiate, de Sigwart sur l’induction, et de Wundt, que les notions de connaissance et d’expérience renferment dans ces théories des éléments spéculatifs. Dans un second chapitre il étudie l’expérience intérieure par opposition et par rapport à l’expérience extérieure ; il rencontre alors deux groupes de théories : dans les théories du premier groupe on affirme qu’il existe une différence gnoséologique entre l’expérience interne et l’expérience externe ; dans les théories du second groupe, dans celles par exemple de Wundt, de Natorp, de Münsterberg et de Rickert, de Husserl et de Dürr, on nie qu’il y ait entre les deux expériences une telle différence au point de vue de la théorie de la connaissance. Dans un troisième chapitre, enfin, l’expérience intérieure, comme observation de soi-même, est opposée à l’observation des autres.

On pourrait résumer ainsi qu’il suit les principales propositions du livre de M. Phalén : si l’on admet une connaissance a posteriori, une connaissance dans laquelle l’objet est actif et le sujet passif, on admet par là même une connaissance a priori considérée à la fois comme différente de la connaissance a posteriori et identique avec elle. La connaissance empirique, la connaissance où le sujet reçoit passivement l’objet, est donc elle-même une connaissance spéculative, une construction de la pensée (p. 10). La psychologie empirique, en tant que connaissance du phénomène subjectif par opposition à la théorie métaphysique de l’essence de l’âme, est en ce sens a posteriori : mais par là même elle est également déterminée comme constructive et spéculative (p. 20). La connaissance du phénomène est a posteriori et par là même est spéculative : si l’on admet une différence entre essence et phénomène, une connaissance du phénomène qui ne consisterait pas à dériver le phénomène de l’essence est une pure impossibilité. Que la connaissance soit conçue comme subjective ou objective, elle doit être conçue comme ayant son fondement dans l’essence. La connaissance du phénomène est toujours une connaissance de l’essence et la psychologie empirique ne peut être séparée de la psychologie métaphysique (p. 24).

Même les théories empiristes comme celles de Mill et de Meinong font toujours entrer dans la notion d’expérience un élément spéculatif, que la perception, la connaissance expérimentale immédiate est à la fois subjective et objective, est une connaissance spéculative a priori, produite par le sujet lui-même (p. 43), et cela est d’autant plus évident qu’on la considère comme une connaissance évidente possédant sa vérité en elle-même (p. 52). M. Phalén montre par la critique de la théorie de Mill que la connaissance empirique est en somme, chez Mill lui-même, une construction a priori (p. 55) ; il montre ensuite, par l’examen des théories de Sigwart, que c’est par son caractère empirique même que la connaissance devient spéculative (p. 61) ; et, d’autre part, que l’induction est une construction (p. 69, 78). En particulier la psychologie se résout nécessairement en une théorie métaphysique et spéculative de l’âme ; la psychologie devient nécessairement une déduction a priori de tout le psychique à partir de la notion d’âme (p. 90).

Jamais la conception d’un objet déterminé ne peut comme telle posséder une plus haute valeur de connaissance que la conception d’autres objets comme tels (p. 271). Il est en conséquence impossible d’attribuer à l’expérience interne une plus haute valeur de connaissance qu’à l’expérience externe, car l’expérience intérieure, par opposition à l’expérience extérieure, ne peut être que l’expérience du psychique par opposition à l’expérience du physique, en admettant que l’on puisse vraiment opposer le physique au psychique (p. 273).

Mais l’expérience interne n’est pas seulement conçue comme une aperception du psychique par opposition à l’expérience extérieure conçue comme une appréhension du physique ; elle est égale-