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tion a été faite dans le même sens et complétée d’un chapitre nouveau où sont exposées (p. 149-163) les « conséquences, pour la vie de l’individu », de la réforme morale dont Eucken est l’éloquent prophète et dont l’approfondissement de la vie intérieure est le premier article. Par elle nous pourrions sortir des errements, des hésitations douloureuses, de la résignation à la fois morne et affairée qui est le lot de la plupart des hommes de notre temps ; par elle nous donnerions un centre à notre vie qui se gaspille dans la monotonie ou la dispersion des tâches quotidiennes ; nous ferions de notre existence fragmentaire et chaotique un tout. Il s’agit de dépasser en les conciliant le naturalisme qui domine notre travail et nos intérêts avec l’idéalisme qui domine nos jugements de valeur sur les choses : ces deux grandes, puissantes et, en leur fond, légitimes, tendances ne laissent aujourd’hui, par leur lutte incessante, qu’un sentiment de vide, de tristesse, à l’homme qui se méprise au milieu de ses plus grands succès techniques. Pour être capable d’accomplir les grandes tâches qui s’imposent à elle, l’humanité a besoin d’un viril optimisme : il faut donc qu’elle maintienne ou conquière son moi spirituel. Elle le peut, car il y a en nous comme en tout possibilité de progrès, car la vie ne s’est pas épuisée dans les formes qu’elle a revêtues. Il faut lire les pages où Eucken montre les forces et les faiblesses, la vérité et les lacunes de la conception religieuse, de l’idéalisme immanent des Grecs et de Gœthe, et du naturalisme qui est au fond des plus récentes tentatives pour donner à la vie humaine une signification, où il établit qu’il faut chercher autre chose, créer en nous quelque chose qui soit, non pas une création arbitraire, mais le plus profond de nous-mêmes. Or l’homme n’est pas seulement nature ; par sa connaissance, ses désirs, ses efforts, l’homme dépassé le donné : en lui se manifeste une vie nouvelle qui n’est point nature : « la vie n’a pas besoin de voir sa vérité confirmée du dehors, elle la porte dans sa propre réalisation » (p. 80) ; elle atteint ainsi, pour rappeler une expression de Hegel, au Beisichselbstssein (p. 83) et à la liberté : elle devient toute acte. Par là se constitue en nous une vie supratemporelle et nous participons à l’éternité et à l’infinité (p. 148) ; par là l’homme devient une énergie spirituelle, ou plutôt il nait un homme nouveau, l’homme spirituel (p. 159) ; l’homme cesse de vivre sur un capital donné, et qui va s’épuisant ; il vit d’une richesse infinie et toujours renaissante ; il rajeunit tous les jours, en ce sens que tous les jours il sort plus du temps et entre plus dans l’éternité ; et par là seulement sa vie acquiert un sens et une valeur. Il est à peine utile de dire que ce livre est plein des idées les plus hautes exprimées dans le plus noble langage, et tout soulevé d’un enthousiasme qui fait songer le lecteur à ces paroles d’Eucken lui-même : « En cette matière la jeunesse ne se mesure pas seulement au nombre des années ».

Einführung in die Psychologie, par W.Wundt. 1 vol. in-8 de 129 p., Voigtländer, Leipzig, 1911. – Cette Introduction à la Psychologie est la première publication régulière de la nouvelle collection pédagogique Neue Bahnen à Leipzig. Elle nous donne un excellent aperçu de la psychologie de Wundt par lui-même, et aborde les problèmes suivants : Conscience et Attention, Éléments de la Conscience, Association, Aperception, Lois de la Vie Mentale. Même à côté du Grundriss, ce bref aperçu ne manque pas de mérite propre et garde sa raison d’être. Il subordonne l’étude des éléments à celle des lois fondamentales de l’esprit, et il sait unir la clarté concrète à la concision synthétique. On peut dire que cette Introduction est à beaucoup d’égards une conclusion, et que non seulement les débutants, mais les initiés mêmes auront avantage à le lire.

Erkenntnistheorie, par le Dr E. Durr. 1 vol. gr. in-8 de viii-362 p., Leipzig. Quelle et Meyer, 1910. – La question fondamentale de la théorie de la connaissance est, pour le professeur de Berne, la nature de la vérité. Pour la résoudre il faut, selon lui, faire la psychologie de la connaissance, en démêler les espèces, les processus élémentaires, les lois d’évolution. Puis, comme la connaissance, ainsi que toute activité humaine, est soumise à un jugement de valeur, il faut établir une « Wertlehre » de la connaissance : M. Dürr déduit la valeur de la vérité de la valeur de la non-contradiction et de la valeur de la certitude. Il prend position contre les théories qui voient l’essence de la vérité dans la seule certitude ou la seule non-contradiction ; contre celles qui consciemment ou inconsciemment oublient la distinction entre les valeurs pratiques et la valeur de la vérité telle qu’elle se manifeste dans les « sentiments logiques » ; contre celles enfin selon lesquelles la vérité est quelque chose d’inanalysable, qui appartiendrait exclusivement à un groupe déterminé de connaissances et qui ne pourrait être déterminé qu’intuitivement. Mais la connaissance ne saisit pas uniquement