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l’analyse psychologique, empruntée de Locke, qui la précède. L’algébrisme de Condillac contient déjà le rêve des modernes algèbres de la Logique.

Helmholtz a apporté au Terminisme la contribution des recherches des physiologistes sur la nature de nos sensations. Par là se trouve établi que nos sensations n’ont rien de commun avec les objets qu’elles représentent ; et notre connaissance, fondée sur les sensations, n’est donc qu’un système de signes qui représentent les rapports inconnaissables en eux-mêmes des choses en soi (p. 66). Quand nous supposons sous les mouvements naturels une force qui les produit, nous n’entendons pas par là une substance, car nous ne savons de la force que ce qui apparaît dans ses effets. Suivant la même direction, Mach démontrera plus tard la vanité de la distinction philosophique du physique et du psychique, et ne verra dans la science qu’un moyen économique d’exprimer les rapports empiriques entre les sensations (p. 75).

Mauthner enfin fait profiter le Terminisme des progrès modernes de la Linguistique, comme Helmholtz avait fait pour la Physiologie. La Philosophie n’est, selon lui, que la critique du langage ; c’est aussi la seule science véritable, qui nous renseigne sur le caractère relatif et conventionnel de nos connaissances (p. 82). Les idées générales ne sont que les signes mnémoniques des groupes de représentations semblables.

L’auteur expose dans un dernier chapitre la façon dont se posent aujourd’hui les problèmes du Terminisme et les difficultés qu’ils présentent. a) La psychologie moderne a montré l’origine spontanée des abstractions qui déterminent nos concepts ; b) Les mots interviennent pour donner une existence indépendante à des contenus complexes de pensée, qui resteraient sans eux inséparables de l’intuition où ils apparaissent ; c) L’analyse conceptuelle de notre pensée n’est donc jamais exactement achevée ; d) Dans la conscience du vouloir réside le sentiment du moi, qui implique la corrélation du sujet et de l’objet, de la volonté et de ce qui est voulu ; e) Enfin l’Être n’a d’autre réalité que celle de l’ensemble des phénomènes par lesquels il se développe ; Ainsi se trouvent rassemblées les thèses essentielles du nominalisme moderne, où se reflète l’angoisse qui tourmente la science humaine de n’être qu’un « miroir » (p. 127).

Philosophie, Economie Politique, Socialisme (contre Eugène Dühring), par Frédéric Engels (traduit sur la 6e édition allemande avec une introduction et des notes par Edmond Laskine). 1 vol. in-8 de cxiv-420 p., Paris, Giard et Brière, 1911. – Traduction (la première en langue française) de l’ouvrage classique d’Engels, Herren Eugen Dühring’s Umwälzung der Wissenschaft ; la traduction est précédée d’une longue introduction dont il faut louer la sobre et solide érudition. M. E. Laskine y donne une brève biographie d’Engels une biographie de Dühring suivie d’une exposition de sa philosophie intégrale. Il définit l’opposition qui existe entre la philosophie de l’histoire chez Dühring (philosophie de la force) et l’économisme de Engels. Il explique enfin, pour finir, d’une manière fort heureuse, et dans le détail, souvent neuve, la manière dont Marx transpose et adapte, pour les besoins de sa conception du progrès, les formés de la dialectique hégélienne.

Ueber den Satz des Widerspruchs bei Aristoteles, par Dr Jan Lukasiewicz. Bulletin de l’Académie des Sciences de Cracovie, décembre 1909. – Travail d’un caractère dogmatique et critique. L’auteur, du point de vue de la logique symbolique nouvelle, examine le principe de contradiction tel qu’il est énoncé au livre Γ de la Métaphysique d’Aristote. Aristote donne à son principe trois formules différentes (p. 16). Un énoncé ontologique : « On ne peut à la fois attribuer la même chose à la même chose et ne pas la lui attribuer sous le même rapport. » Un énoncé logique : « Deux énonciations contraires ne peuvent pas être vraies à la fois ». Un énoncé psychologique : « Personne ne peut croire que la même chose soit la fois et ne soit pas. » M. Lukasiewicz corrige ces trois énoncés qui ne lui paraissent pas suffisamment précis. Aristote a cru pouvoir démontrer logiquement le principe psychologique. Sa démonstration est insuffisante, car ce principe ne peut pas être démontré à priori, mais uniquement justifié par l’expérience (p. 21). Aristote tient pour évident le principe ontologique. Mais, ce principe est logiquement postérieur, notamment au principe d’identité, qui lui-même, selon M. Lukasiewicz, peut être, démontré et ramené à cette loi vraiment générale : je dis qu’une proposition affirmative est vraie, quand elle attribue à un objet une détermination qui appartient effectivement à cet objet (p. 23). Au reste, Aristote lui-même à plusieurs fois essayé de démontrer le principe d’identité par le principe de contradiction. Ce dernier principe est avant tout, pour lui, une loi métaphysique, valable pour les substances, niais qui ne s’étend pas nécessai-