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doivent toujours être prêts à abandonner leur hypothèse. Dans quelle mesure Rosmini a-t-il été inféodé à son programme, dans quelle mesure a-t-il été un apologiste, voilà des questions qu’il serait intéressant de poser et d’essayer de résoudre.

M. Boutroux examine ensuite plusieurs points particuliers. Pourquoi avez-vous à peine effleuré cette théorie morale de Rosmini qui ramène le péché au mensonge ? (p. 291 sqq.).

M. Palhoriès. Cette théorie intellectualiste se rattache à celle de la reconnaissance. Je sais l’ordre des êtres, c’est une connaissance ; si j’y adhère, si je le veux, c’est la reconnaissance. Si j’agis de telle sorte que je méconnaisse cette connaissance je commets un péché et ce péché est un mensonge, car je mens à ce qui est, à ce que voit ma raison.

M. Boutroux. Page 357, vous dites que Malebranche et Rosmini appartiennent à la même famille philosophique ;… l’un et l’autre, continuez-vous, se jettent d’abord dans la métaphysique et commencent par la théorie de l’Intelligible. Mais la théorie de l’Intelligible chez Malebranche est aux antipodes de celle que nous trouvons chez Rosmini. Malebranche est un Cartésien et les Cartésiens sont des réalistes. Descartes, comme Spinoza, prend comme point de départ l’Être infini qui contient en lui toutes les possibilités. Rosmini, lui, est un philosophie scolastique.












M. Palhoriès. J’ai dit qu’il y avait entre ces deux philosophes beaucoup’de ressemblances accessoires et quelques différences esseutielles. Le point de départ de Rosmini est opposé il celui de Malebranche, à —qui il reproche justement de voir dans l’idée dé l’Être une réalité ; —son Être indéterminé à lui est une simple possibilité. , M. BovAroux. Comment Rosmini a-t-il pu prétendre que Kant n’a pas distingué les catégories et les objets’? N’est-ce pas là une inintelligence invraisemblable ? Le point de départ de Kant c’est au contraire leur distinction (p. 374, 375).

M. Palhoriès. C’est peut-être que selon

Rosmini les catégories de Kant ne sont que des formes secondaires et relatives il leur a substitué une forme unique, l’idée de l’Être, car, dit-il, il y a quelque chose d’absurde à supposer dans l’intelligence l’idée de plusieurs formes. Par intelligence on entend quelque chose de nettement déterminé, or ce qui est déterminé ne peut avoir qu’une forme..Kant, dijt-il encore, ne saisit pas l’intelligence .elle-même, mais son acte et ses diverses déterminations. d’une définition scolastique de la forme, tandis que Kant fait de la forme l’action unifiante de l’entendement qui a besoin de lier les phénomènes. C’est encore par ce caractère scolastique de la philosophie Rosminienne que nous pourrons nous rendre compte de la di.fférence essentielle entre son point de départ et celui du Hegelianisine. Pour Rosmini comme pour Hegel, il y a à l’origine des choses une idée logique, mais tandis que pour Rosmini cette idée n’est qu’une idée scolastique, chez Hegel cette idée est vivante, elle —est active et agissante, elle se pose ; puis se nie et, ne pouvant supporter cette contradiction, elle fait un effort pour en sortir. M. Palhoriès. Mais Rosmini a rattaché à la pensée divine cette idée de l’Être, et par là il lui restitue la vie. M. Boutroux. Mais comment de cette idée peut-il s’élever à Dieu ? C’est un passage qui s’explique malrVous l’expliquez vous-même p. 2i. Pourquoi n’avez-vous pas étudié l’histoire de là formation du système de Rosmini et la relation qu’il y a" entre l’homme et sa doctrine il me semble qu’il eût été bien curieux de voir comment ce catholique attaché à la foi traditionnelle fut en philosophie un rationaliste -sincère. 11 eût été curieux de voir comment cet homme entièrement vivant a pu laisser une philosophie aussi froide et aussi décolorée que la sienne. Tout cela pourrait peut-être s’expliquer par ce fait qu’il s’est formé lui-même par l’étude de philosophes scolastiques, puis par la lec. ture de philosophes allemands. Ii faudrait encore remarquer que s’il a manqué de maîtres il n’a jamais été professeur luimême et enfin que, comme vous le disiez tout à l’heure, il a commencé à philosopher avec cette idée d’arriver à concilier la foi et la raison. M. Picavet dit à M. Palhoriès tout le bien qu’il pense de sa thèse. Il fait remarquer en passant que c’est en 1797 qu’est né Rosmini et non en 1731 (p. i). Vous auriez dâ marquer la place de Rosmini dans le développement de la pensée philosophique italienne.au xix" siècle et nous montrer quelles sont les origines historiques du mouvement philosophique au commencement duquel il se trouve,. J.e vous reprocherai de n’avoir pas étudié quelle fut sa formation intellectuelle vous nous avez affirmé tout à l’heure qu’il s’était formé lui-même ; et —cependant je trouve qu’il eut des maîtres, habiles, qu’il a Été au lycée de Trente, qu’il a suivi les cours de l’Université de Padoue. Em. Charles nous dit encore qu’il. montra dans sa jeunesse une grande activité d’esprit M. Boutroux. Ç’est que Rosmini part