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ritage et de la propriété. Ce grand sujet devait avoir sa place dans ce recueil. S’il n’y figure pas, le lecteur voudra bien admettre que cette lacune n’a rien d’intentionnel[1].

Ce n’est pas la seule que nous ayons à regretter de n’avoir pu combler. Deux grands problèmes en particulier auraient mérité d’être discutés ici et ne figurent cependant pas dans la liste de ces études.

Le premier, le plus important au lendemain de la guerre, est celui des relations économiques internationales.

Il n’y a probablement pas d’œuvre plus urgente aujourd’hui que celle de substituer un principe d’entente et de coopération au principe de rivalité suraiguë qui a dominé la politique commerciale pendant la fin du XIXe siècle. Œuvre morale et politique autant qu’économique. L’économique cependant y a son rôle propre à jouer, en montrant la futilité des préjugés sur lesquels ces rivalités reposent. Le principe nouveau dont nous parlons sera-t-il celui du libre échange absolu ? Sera-ce celui de grandes fédérations commerciales opposant entre elles les nations groupées économiquement comme elles le sont déjà politiquement ? Sera-ce celui, plus nouveau, de fédérations nationales d’industries, organisant spontanément leurs relations internationales sous le contrôle d’États représentant les intérêts vraiment généraux de chaque pays ? Qui pourrait le dire ? Et l’empirisme agressif ne menace-t-il pas ici encore de triompher de la raison réfléchie ?

La grande question de l’urbanisme et du régionalisme n’eût pas été déplacée dans le programme que nous nous étions tracé. L’entreprise féconde et à visées largement réformatrices des urbanistes trouvera peut-être des moyens d’accord encore inaperçus entre les intérêts industriels et agricoles, nationaux et internationaux. Elle tend aussi à rendre au facteur « habitation » son rôle de premier plan dans l’aménagement social, et met ainsi en relief un des points où le génie de coordination et d’harmonisation sociale, qui n’a rien de commun avec un étatisme oppresseur, pourrait se manifester le plus opportunément dans l’ère nouvelle ouverte par la guerre[2].

  1. M. A. Niceforo, qui l’a traité partiellement dans son beau livre La Misura della Vita, avait bien voulu se charger de l’étudier pour nous. Une interruption du travail, due à son état de santé, ne lui a pas permis de le rédiger en temps voulu.
  2. Les écrits si suggestifs de M. Patrick Geddes, pour citer seulement le plus génial des urbanistes, fournissent dans cet ordre d’idées des principes constructifs de haute portée sociale.