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rencontrer ; par la méthode scientifique. Et, si possible, d’inciter quelques personnes à tenter par la même voie la solution des problèmes que l’avenir tient en réserve.

Science d’observation en même temps que science analytique, l’économie politique rencontre deux grands ordres de difficultés. D’une part la masse écrasante des faits à élucider l’accable. D’autre part, le langage ordinaire se prête mal à traduire les actions et réactions mutuelles qui caractérisent des phénomènes se déroulant à l’intérieur d’un groupe social. Elle n’a jamais pu se libérer non plus entièrement de la gêne créée par le flottement de concepts (tels que capital, revenu, etc.) qui doivent s’appliquer aussi bien à l’économie individuelle qu’à l’économie collective. Les études de M. March sur la méthode statistique, de M. Aftalion sur les crises, de MM. Moret et Barone sur la formation des prix ont pour objet de montrer par quelles voies ces difficultés peuvent être surmontées.

Ces études n’empruntent à peu près rien à ce qu’il est convenu d’appeler l’économie politique classique. Celles de MM. Max Lazard, Augé-Laribé et Rist se rattachent au contraire à l’une des théories les plus anciennes de l’économie, celle des « facteurs de la production ». Elles visent à décrire le mécanisme par lequel se répartissent entre les entreprises du monde les grands agents productifs : les forces naturelles, le travail, l’épargne. Description qui forme comme le noyau central de tout système économique, mais que l’évolution incessante des faits oblige à reprendre constamment pour l’adapter aux aspects nouveaux de la réalité. C’est une adaptation de ce genre qui a été tentée ici. L’expérience bolcheviste, en essayant dans une société fermée une redistribution des forces productives suivant une méthode entièrement nouvelle, et en substituant aux anciens procédés de rémunération des mobiles d’action non économiques, a fait apparaître plus nettement l’importance d’une théorie dont les premiers linéaments remontent aux Physiocrates, et qui depuis lors s’est singulièrement élargie.

Deux autres théories fondamentales, celle de la consommation et celle de la monnaie, se sont, elles aussi, renouvelées depuis trente ans au contact des faits nouveaux. M. Gide montre dans l’organisation des consommateurs le contrepoids nécessaire aux tendances souvent étroitement corporatives des producteurs.