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PRÉFACE





Les expériences de la grande guerre sont à l’origine des études contenues dans le présent numéro de la Revue.

Dès son début, les esprits se sont orientés avec une frappante unanimité vers les préoccupations économiques. La formidable destruction de richesses dont le monde était témoin après une période d’essor productif sans précédent, — le rôle vite entrevu (et oublié depuis les guerres napoléoniennes) de l’industrie comme facteur de la victoire, — la prévision des immenses reconstructions à entreprendre après la paix, — le souci légitime de la vie matérielle à assurer polir ceux qui reviendraient du front, — tout cela suscitait dans une partie de l’opinion une sorte de fièvre anticipée des affaires et comme une résurrection du Saint-Simonisme dans sa phase pratique. La génération même qui, pour sauver les biens suprêmes de l’esprit, sacrifiait allègrement les biens matériels accumulés depuis un siècle, n’allait-elle pas, une fois le danger écarté, se vouer à leur poursuite avec une âpreté nouvelle ? N’oublierait-elle pas, dans une recherche naturelle mais absorbante du profit, la recherche intellectuelle désintéressée ?

Et pourtant, dans le domaine des intérêts matériels, comme dans celui de la technique productive, l’utilité de la pensée théorique peut moins que jamais s’ignorer.

La culture intellectuelle la plus haute a pour condition, dans nos sociétés industrielles, un certain niveau de développement économique. Faute d’y atteindre, c’est non seulement le bien-être