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« naturel » préconisé par M. Maurras est le vrai, que la société civile est bien une « hiérarchie » où l’ « autorité » joue son rôle.

On connait la réponse de MM. Laberthonnière et Blondel (voir Abbé Laberthonnière, Positivisme et Catholicisme, 1911 et Testis, Annales de Philosophie chrétienne, mars 1910). C’est à ces adversaires que M. Descoqs répond dans son opuscule Monophorisme et Action française. Sa réponse à Testis contient des objections d’ordre théologique sur lesquels, encore une fois, nous n’avons pas à revenir. Mais M. Descoqs précise, à cette occasion, le sens qu’il a entendu donner à l’entente entre catholiques et incrédules de l’Action française. Il s’agit non d’une « alliance », mais de « rencontres » entre gens qui apportent, de côtés différents, des « madriers » pour la reconstruction de l’Église, rencontres qui n’excluent pas de graves conflits, mais qui n’impliquent pas la « défaillance totale » dont parle Testis. M. Descoqs insinue que M. Blondel-Testis fait avec l’incrédule Jules Payot une alliance qui n’est pas sans analogie avec celle des catholiques sociaux et de l’Action française. Ici la polémique devient personnelle et ces querelles assez vaines n’intéressent plus le fond du débat. — La réponse à l’abbé Laberthonnière concerne la question des rapports entre l’Église et l’État. Elle nous montre avec précision les dissentiments qui séparent le modernisme et ses adversaires dans l’ordre des idées politiques. La thèse de M. Laberthonnière est que l’Église est une réalité d’ordre spirituel et intérieur, bien que visible, qu’elle n’a pas à compter sur l’appui de la société, qu’elle ne sera jamais triomphante dans le monde, que l’État n’a pas à lui donner le secours de sa force. Contre cette thèse qui est la vraie, M. Descoqs rappelle les idées de l’Église sur le recours à la force, le droit du glaive, l’union intime de l’État et de l’Église, la nécessité pour l’Église d’être reconnue comme religion d’État. Si l’Église renonce à la contrainte extérieure, c’est en « pratique » seulement. Le libéralisme de M. Laberthonnière, l’Église libre dans l’État libre, est inacceptable aux yeux de M. Descoqs. La portée du débat est évidente. Les partis en présence ont tous deux recours à la même tradition. Elle est assez riche pour leur fournir des arguments opposés. Mais comment ne pas voir qu’à l’heure actuelle la thèse de MM. Blondel et Laberthonnière est la seule admissible, la seule capable de régénérer le catholicisme français ?

Introduction à la Physique aristotélicienne, par Auguste Mansion. (Aristote, traductions et études : collection publiée par l’Institut supérieur de philosophie de l’Université de Louvain.) 1 vol. in-8 de ix-209 p., Louvain et Paris, Alcan, 1913. – L’Université de Louvain continue d’exécuter son plan d’une édition commentée d’Aristote. Après la traduction du premier livre de la Métaphysique, publiée par G. Colle, voici une introduction générale à la Physique d’Aristote. Cette introduction consiste essentiellement en une analyse détaillée des deux premiers livres de la Physique (p. 13). C’est en effet dans ces deux livres qu’Aristote expose le plus clairement sa conception de la Nature et de la science qui s’y rapporte. Cette analyse est exacte et consciencieuse, et l’auteur est informé des différents travaux relatifs à la physique d’Aristote. Il fait un usage judicieux des commentaires scolastiques. D’après M. Mansion, la philosophie d’Aristote est une philosophie du concept dans laquelle cela seul est intelligible qui est nécessaire. Or le monde physique est celui du changement, c’est-à-dire de la contingence. Par suite une part considérable du réel échappe aux prises de l’intelligence. L’originalité d’Aristote réside dans l’effort qu’il fait pour limiter autant que possible la part de l’inconnaissable. Les natures physiques on formés des substances matérielles ont une fixité suffisante pour « servir de support au système idéal que doit être la conception philosophique du monde » (p. 199). Tantôt Aristote envisage le changement qui se produit entre deux ou plusieurs points de repère fixes et, de la sorte, il établit sa théorie du mouvement ; tantôt il considère le système total des formes, la Nature, et il en décrit la coordination harmonieuse. Il est clair du reste que dans le deuxième cas la connaissance que nous prenons du changement est simplement analogique (p. 201). Le caractère qualitatif de la physique d’Aristote s’explique par l’ambiguïté du terme de qualité qui peut désigner soit le principe de la détermination la plus complète (la différence spécifique) soit au contraire les accidents, principes de la contingence.

Livre parfois obscur, où abondent, à côté de passages excellents, des formules bizarres ou même incorrectes.

Descartes, par Denys Cochin, membre de l’Académie française. 1 vol. in-8, de 279 p. Paris, Alcan, 1913. — Le titre même de l’ouvrage et l’esprit de la collection (Les Grands Philosophes) dont il fait partie autoriseraient le lecteur à espérer une étude d’ensemble sur la pensée du