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surnommé Ekken, a joué un rôle essentiel dans la vie morale du Japon depuis deux cent cinquante ans. Comme l’un des créateurs du style littéraire moderne, comme promoteur de la pédagogie, il a exercé une influence singulièrement plus grande qu’on ne l’eût attendu de sa médiocre originalité à titre de moraliste. Son confucéisme est prolixe, dilué : mais on remarque, à maints indices, chez ce lettré, le fils d’un médecin, car il a un goût très marqué pour l’observation de la nature ; il écrit sur la géographie, sur la botanique ; la morale est chez lui apparentée à la médecine, et « la science médicale est l’art de la bienveillance ». — La collaboration d’un Japonais et d’un érudit de notre race, M. Evelyn Aldridge, a donné dans ce volume la preuve de son efficacité ; souhaitons que cette méthode se généralise, pour le bien commun des orientaux et des occidentaux et pour le profit des lecteurs, qui obtiendraient ainsi la double garantie d’une compréhension exacte des idées et de l’adoption d’un esprit critique.

Buddhist Scriptures, a selection translated from the Pâli with Introduction, by E. J. Thomas, M. A., 1 vol. in-16 de 124 p., Londres, Murray, 1913. — Ces extraits de la littérature pâlie où se conserva l’inspiration la plus ancienne du Bouddhisme, ont été choisis très heureusement parmi les livres canoniques les plus caractéristiques. La lecture des textes eux-mêmes, fût-ce en traduction, est souvent fatigante par l’abondance des lieux communs aussi puérils qu’édifiants et par l’insipide rabâchage où la pensée se perd, parce que l’attention faiblit. Pourtant, parmi beaucoup de fatras, ces ouvrages renferment d’inestimables documents qui nous révèlent dans le Bouddhisme primitif, non pas seulement, comme on l’a trop dit, une doctrine mais aussi certains germes d’une philosophie ultérieure. La série des conditions qui fait dépendre nécessairement de l’ignorance la douleur et la mort ; la loi morale de l’acte (karman ; l’impermanence des éléments de









notre personnalité ; le salut par le renon-rcement, c’est-à-dire par l’extinction —(nir-Tvàna) du désir tous ces dogmes étaient destinés à s’épanouir en des’doctrines métaphysiques. On les trouvera daiis celivre sous leurs énoncés les plus anciens ; c’est vraiment » la substanliiîque m.ôelle : » v de toute une littérature. Quelques pages exactes. en : *uise d’introduction, quelques lignes avantchaque extrait, ont suffi, — à cause de leur sobre précision, à M. Thomas ;’ pour rendre accessible à tous la signK fication de ces textes dont il faut tenir en suspicion l’apparente simplicité. The Philosophy of Nietzsche, an exposition and appréciation, by GeoBiSks CffATTKRTON-HiLL. 1 vol. in-8 de 292 p., Londres, Ouseley, 1913. ̃̃ – L’ouvrage se divise en deux livres. Dans le premier (Philosophie.critique), après une biographie que suit une « vue générale de l’idéal nietzschéen <c, viennent. les chapitres sur l’Etat, la loi morale, les religions, la science. —Le second (Philosophie positive) étudie la volonté de pouvoir comme post.ulatfondamonlal, – la théorie de la connaissance comme expression de la volonté..de pouvoir, les systèmes moraux (maîtres et esclaves) et le surhomme.. Sauf tes théories esthétiques, qui méritaient bien un chapitre à part, ce plan ne néglige aucun des points essentiels ; il assure une progression d’intérêt, en faisant converger toutes les thèses de Nietzsche vers les affirmations lyrique’s du Zaralliusl.ra ; niais, eh négligeant la chronologie, il sert mal le dessein de l’auteur, qui prétendait écrire un livre « aussi objectif que possible ». Il masque l’importance des premiers ouvrages, résumés très brièvement au cours de la biographie ; à peine laissé-t-il voir la succession de plusieurs stades de • pensée ; les aphorismes de la période proprement critiquc et négative se mêlent, dans le premier livre, à des idées’de la dernière époque. Et sans doute les fragments de La Volonté de Puissance, bien que publiés après la mort de Nietzsche, ne représentant pas le dernier-travail de sa vie ; mais en considérer

les thèses comme acheminant à la morale des maîtres, à l’idéal du Surhomme, n’est-ce pas donner une notion fausse de la méthode du philosophe et-de son tempérament ? Ce n’est.point hasard si cette œuvre posthumeest une œuvre inachevée les préférences pratiques, la position de nouvelles valeurs, ont précédé et primé, dans l’esprit de Nietzsche, l’effort pour les appuyer sur un fondement théorique qui demeure insuffisant.

M. Chatterton-Hill définit nettement la différence entre Nietzsche et Stirner ; son chapitre sur la valeur de Nietzsche écarte toute interprétation superficielle, de ï- « immoralisme nietzschéen » ; mais la discussion de la doctrine n’y est aucunement tentée. 11 faut dire que le manuscrit de l’ouvrage était terminé dès 1905. A cette date, pour dissiper les malentendus, il y avait.encore place pour un exposé .clair et simple,. écrit sur le ton d’une apologie. Il nous faut à présent une analyse plus complète, , une recherche exacte des