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ou au contraire s’ils n’ont apprécié en lui que le moraliste sévère et le Civaïte convaincu. Un critique peut même se demander si la troisième section est de la même main que les autres. Plus d’une interférence ou répétition atteste que le texte a subi des remaniements ; le nombre de cent maximes (sataka), très dépassé en ce qui concerne chacune des deux premières parties, pourrait n’être qu’un cadre artificiel tardivement imposé à une collection de sentences.

Si nous nous bornons à prendre ces maximes telles qu’elles nous sont données, nous éprouvons soit de l’embarras à les concilier en une pensée cohérente, soit un certain charme à constater l’indifférence de cet esprit « ondoyant et divers » à l’égard de toute systématisation. Il admet tantôt que la bonté ou la méchanceté des hommes dépend de la qualité du milieu où ils vivent (I, 67), tantôt qu’elle est la conséquence des actions accomplies dans une vie antérieure (I, 94). Il affirme que notre existence est le jouet du destin (I, 88), même d’une fatalité









absurde (1, 92 ; 11, 110) ; et pourtant il parait subordonner cette nécessité à la rétribution de nos actes antérieurs (I, 94), (lui est chose éminemment certaine et raisonnable aux yeux d’un Indien. Il prétend s’unir à l’Esprit suprême (II, 72, .si, 87, 108, 136, 147) ; il invective comme l’olyeucte les plaisirs terrestres « Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés » Toutefois, il se demande encore si le renoncement est la meilleure voie à suivre (11, 40). Il déclare que la beauté d’une femme ne mérite pas de louanges (II, 20), et se révèle, dans tout le troisième chapitre, foncièrement épris des charmes qu’il maudit. « Ami de la vertu plutôt que vertueux ̃>, Bhartrihari devait être un homme aimable, ardent au plaisir quoique sensible à ses amertumes, capable d’élévation malgré ses faiblesses et ses doutes par quelques-uns de ces traits, il montre une posture morale analogue à celle d’Horace. Insoucieux de la révélation religieuse et des systèmes, ne se professe-t-il pas disciple des poètes (III, 31) ? Sachons-lui gré de nous rappeler combien l’Inde eut de mérite à être la terre de l’ascétisme, tant les séductions voluptueuses y exercèrent d’empire jusque sur les désabusés. The Divan of Zet-un-Nissa, the first fifty ghazals, rendered from the Persian by MAGAN Lal and Jessie Duncan WestBROOK, with an introduction and notes, 1 vol. in-Ui de 112 p., Londres, Murray, 1913. Ce volume, comme les trois volumes suivants, fait partie d’une collection relative à la « Sagesse de l’Oriont » (The Wisdom of the East Series). Les quarante petits volumes élégants qui constituent cette série offrent au public d’excellentes traductions, œuvres (le spécialistes éprouvés. 11 n’en est aucune qui n’intéresse l’historien de la métaphysique, de la religion ou de la morale, l’historien même de la science ; car n’est-ce pas a travers des spéculations qui nous paraissent à présent, dans notre Europe moderne, peu « positives », quoi qu’elles aient, en leur temps, prétendu à l’objectivité, que se constituèrent, par un lent progrès, les procédés de raisonnement sous-jacents à notre science ? Fille de l’empereur Mogol de l’Inde Aurungzeb, la poétesse Zeb-un-Nissa, qui fleurissait dans la seconde moitié du xvii0 siècle, fut un spécimen tardif, mais savoureux encore, de la culture persane. Cette civilisation apparait dans les vers de la princesse sous son double caractère habituel elle est mièvre et inspirée tout ensemble, car la préciosité de l’expression n’exclut pas le souffle mystique. Cette descendante de Gengis-Uhan et de Tamerlan, nourrie de poésie musulmane et imbue de religiosité indienne, surtout vedàntique, fut l’ornement de cette cour raffinée, l’ornement même de son sexe entier. Elle renouvela le caractère devenu quelque peu conventionnel de la poésie persane par l’ardeur de sa foi soufie, qui anéantit l’adorateur humain devant l’Aimé divin, sublime mais tyrannique à l’égard de ses fidèles. Les vers anglais qu’on nous présente ici ont de la tenue, même de la force et de la grâce. Ancient Egyptian Legends, by AI. A. Murray, 1 vol. in-16 de 119 p., Londres, Murray, 1913. • L’Egypte antique n’ayant jamais, à notre connaissance, tenté de formuler en termes abstraits ses idées philosophiques, sauf pour ce qui concerne l’eschatologie, force nous est bien de glaner dans les récits légendaires quelque notion de ses doctrines implicites. Les neuf extraits qui nous sont offerts dans cet ouvrage, sont, malgré leur caractère fragmentaire, très aptes à nous renseigner sur l’attitude propre de l’Égyptien en face des problèmes spéculatifs, tant par le choix fait parmi des textes difficilement accessibles même aux spécialistes, que par l’exactitude de la traduction et la conscience avec laquelle furent rédigées des notes utiles même aux égyplologues. The Way of Contentment, translated from the Japanese of Kaibara EKKEN, by KEN Hoshino, 1 vol. in-16 de 124 p., Londres, Murray, 1913. Kaisara Atsunobu,