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Ambrosius Barth, 1913. Ce livre est la première partie d’un travail étendu que M. Richter compte consacrer au vocabulaire de Spinoza, et qui doit lui-même servir d’introduction à un index de Spinoza. M. Uichter veut employer la critique immanente », recommandée par

sou maitre M. Kiehl, c’est à-dire qu’il entend surtout expliquer Spinoza par lui-même. Mais, en même temps, il donne des indications historiques sur la langue philosophique du xvn" siècle et il la compare avec celle des scolastiques. Diverses raisons extérieures expliquent l’extrême difficulté que l’on a à bien entendre le vocabulaire de Spinoza. U’abord Spinoza est polyglotte il écrit en latin, mais sa langue maternelle est l’espagnol; il parle le hollandais; il a appris à fond le syriaque, l’hébreu et même l’arabe. Il n’est donc pas surprenant qu’il soit assez indifférent à l’usage consacré des termes et qu’il lui arrive de les employer dans des acceptions inusitées. En outre, non seulement la composition de [’Ethique a duré longtemps, mais, dans l’intervalle, Spinoza a entrepris de résumer les doctrines cartésiennes et scolastiques et il s’est. ainsi familiarisé avec des vocabulaires variés. A ses correspondants, il doit parler la langue de la scolastique ou du cartésianisme. Quelques-uns de ses écrits sont destinés au grand publie et non ti des philosophes (p. 14). Enfin, la persécution qui atteint ses coreligionnaires l’oblige à la plus grande prudence. De là vient qu’une étude précise de sa langue est indispensable.

Il faut donc examiner les sens que Spinoza donne à tous les termes .techniques et ensuite comparer les données que l’on peut tirer du rapprochement des textes avec celles que fournit l’étude dit langage usuel de son temps qui est le langage "scolas tique ".Le même langage a été parlé, avec quelques variantes, par Giordano Bruno, Bacon, Hobbes, Descartes, Gassendi, Geulincx, par les scolastiques proprement dits que Spinoza a connus saint Thomas, Suarez, Scheibler, Clauberg, Heerebord, Goclenius, etc., et aussi par les Cabbalistes, notamment par Knorr de Rosenroth (p. il). Ce premier fascicule contient des études sur les termes suivants Altributum, attribula infinila, in se, per se, a se, subslantia, modus, nzodificalio, accidens, affectas, modi infinili. Deux appendices sont consacrés, l’un à l’étude des rapports entre Spinoza et’ Geulincx, l’autre à établir le sens de la formule res fixai el xlernee dans le de Inlelieclus emendatione. Chemin faisant, M. Richter aborde et tente de résoudre la plupart des questions relatives à la philosophie de Spinoza. Et les considérations qu’il présente ont assez d’intérêt pour qu’il soit nécessaire de les résumer en détail.

La scolastique distingue des attributs nécessaires ou qui tiennent à l’essence et des attributs contingents. La réalité d’une essence est formée par les attributs essentiels, parmi lesquels l’un, appelé essentiel, a une situation privilégiée en ce sens que les autres attributs essentiels dépendent de fui. Tous 1>’S attributs essentiels d’un sujet sont étroitement unis ils ne se distinguent pas les uns des autres et seule la faiblesse de notre pensée nous oblige à les séparer. De même, c’est par une pure opération logique que nous isolons les attributs du sujet. Pour Descartes.au contraire, un sujet n’a qu’un seul attribut essentiel les autres déterminations du sujet sont des modes (p. 24, 25). Toutefois, entre l’attribut essentiel et les modes, Descartes intercale d’autres attributs qui sont joints à l’essence, non par un lien analytique, mais du dehors et par synthèse. Ces attributs désignent des manières d’ètre du sujet et ce sont proprement des modes de pensée (modi coyilandi, temps, extension, etc). Dans les Cogitala et dans le Trait? tliroluçiico-politique, Spinoza reproduit les distinctions scolastiques (p. il). Dans les P1’incipia philosophiœ carlesiauœ, il se conforme au langage cartésien, non sans faire usage parfois de la terminologie scolastique. Au contraire, dans le Court Traité et dans V Éthique, il s’écarte à la fois du langage cartésien et de l’usage scolastique et sa doctrine donne lieu à de graves difficultés. Dans le Court Traité, le terme attributum ne désigne que les déterminations nécessaires de l’essence et il n’est jamais appliqué aux déterminations contingentes. Spinoza maintient rigoureusement la distinction scolastique entre les attributs et les propriétés (p. 2’J, 41). De plus, il affirme que l’essence est constituée par les attributs, qu’elle est identique auxattributs (p. 32)..Mais, tandis que pour la scolastique, une même substance ne peut recevoir deux attributs contraires (le corps et l’esprit par exemple), Spinoza admet, sans du reste justifier l’assertion, que des attributs contraires peuvent coexister en Dieu. Jamais, sauf dans deux textes des Dialogues, qui expriment non sa propre pensée, mais celle de contradicteurs éventuels, il n’assimile l’attribut à une action du sujet (p. 35, 36). L’interprétation dynamiste de Trendelenburg et Kuno Fisctter (p. 51), d’après lesquels les attributs sont les forces de la