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d’identifier les fantômes), les « doubles », les maisons hantées, ou l’absence complète de toute critique nous est donnée comme une marque d’objectivité scientifique. Enfin que dire du chapitre qui termine l’ouvrage et où nous trouvons une esquisse de la biologie des esprits ?

Ce qui dans ce livre surprend plus encore que de coutume, c’est qu’il ait été accueilli dans une collection qui, à côté de quelques ouvrages à vrai dire assez médiocres, en contient beaucoup d’excellents, et que M. Le Bon ait cru devoir faire traduire des pages qu’il eut mieux valu, pour la mémoire de Lombroso, laisser tomber dans l’oubli.

Bernardino Telesio, con appendice bibliografico, par G. Gentile. 1 vol. in-8 de 150 p., Bari, Laterza 1911. — Il ne faut pas chercher dans cet opuscule un exposé, même sommaire, de la philosophie de Telesio. La majeure partie du texte est la reproduction quelque peu développée d’une conférence lue par l’auteur au cours d’une cérémonie commémorative en l’honneur de Telesio. Situer le philosophe à la place qui lui revient dans l’histoire générale de la pensée humaine, caractériser l’esprit de sa philosophie et la signification qu’on doit lui attribuer, semblent avoir été les préoccupations principales du conférencier. Pour réaliser ce dessein il use sans scrupule des interprétations les plus aventureuses de la réalité historique, et l’on recueillera plus de profit peut-être à considérer cet opuscule comme l’expression de la pensée personnelle de l’auteur que comme un portrait fidèle de la pensée de Telesio. Entre l’intellectualisme grec d’une part et la philosophie de l’immanence que le christianisme est venu révéler au monde se serait intercalée une philosophie bâtarde, résultat d’un effort stérile pour concilier le sentiment chrétien et la philosophie grecque ; c’est l’aristotélisme du moyen âge. Les penseurs de la Renaissance en général, et en particulier Telesio, auraient été les premiers à réagir contre l’intellectualisme qui faisait de la vérité une réalité antérieure à l’homme et indépendante de lui pour ramener la pensée humaine au sens vrai du christianisme, c’est-à-dire à la philosophie de l’immanence selon laquelle l’homme n’est plus simplement le spectateur mais plutôt l’artisan de la vérité. C’est pourquoi, si l’on veut comprendre le secret de la Renaissance, il faut la considérer comme une prise de conscience plus profonde de l’idéal chrétien.

Cette thèse, si séduisante qu’elle soit, ressemble moins à une vérité qu’à un paradoxe. Que Telesio, matérialiste résolu, le soit au nom du christianisme, voilà qui peut surprendre l’historien, et l’auteur constate cette contradiction sans aucunement l’expliquer. Ce philosophe ne se comprendra-t-il pas plus aisément au contraire si l’on rattache son matérialisme à son sensualisme, et si l’on voit dans le sensualisme qu’il professe l’expression d’une tendance très nette à n’accorder de valeur qu’aux connaissances fondées sur l’observation des phénomènes ? Par là Telesio se manifeste comme le précurseur de Bacon qui connut d’ailleurs et estima ses œuvres. En tout état de cause, et même si ce n’est pas là tout Telesio, c’en est sans doute l’essentiel, et l’on s’étonnerait qu’à la place de ce trait caractéristique l’auteur ait discerné, préformée et en germe, la philosophie de l’immanence, si l’on ne savait jusqu’où les préoccupations dogmatiques peuvent conduire un historien.

Par contre on louera sans réserves M. Gentile de l’appendice bibliographique dont il a accompagné son opuscule et surtout de la réimpression des préfaces de Telesio qu’il nous donne. Signalons parmi ces dernières la préface de la première édition du De Rerum Nalura qui se trouve signalée pour la première fois à l’attention des historiens et qui contient des détails intéressants sur la vie de Telesio. De très précieux renseignements sur certains exemplaires où des notes de la main du philosophe sont insérées rendront aussi de grands services. Et peut-être l’auteur aura-t-il trouvé par là le secret de contenter tout le monde, puisque le philosophe dogmatique trouvera, dans cet opuscule de vastes synthèses et de larges aperçus, sans que l’historien s’en aille pour cela les mains vides.

Ermanno Lotze e la sua Filosofia, par Luigi Ambrosi. Parte I. 1 vol. in-12 de xcvi-314 p., Milan, Rome, Naples, Soc. d’éd. Dante Alighieri, 1912. – L’auteur de ce livre n’est pas seulement un historien, mais un disciple de la pensée de Lotze. Adversaire décidé du matérialisme (p. xx, xxxii), sans indulgence pour la philosophie romantique (p.xxiv, l’orgoglio sdegnoso della Hegel, etc.), il trouve dans la philosophie de Lotze, synthèse de l’idéalisme hégélien et du réalisme herbartien, philosophie du réel (p. xxxv), de l’interaction (p. xxxix), de la valeur, de la personnalité et de l’idéal (p. xliii) un point de vue qui unit, réconcilie et domine les tendances principales de la pensée contemporaine, l’humanisme anglais, le pragmatisme américain, la philosophie fran-