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l’auteur de la Glaubenslehre des articles remarqués : il était donc mieux préparé que personne à remplir sa tâche qui est d’expliquer Schleiermacher par Schleiermacher (V). D’autre part, il s’est bien gardé de renouveler la vaine tentative de récents critiques qui ont voulu abstraire une philosophie religieuse isolée de la théologie. Bien qu’il ait fait de très heureuses allusions et comparaisons à l’œuvre de Strauss, de Baur, de Herrmann, de Ritschl et qu’il ait fait le plus judicieux emploi de la littérature la plus récente, M. Scholz n’a cité que le strict nécessaire, sans pédantisme bibliographique : et de là vient que, malgré l’abondance des renseignements et des précisions de ses références, dont on sentira tout le prix à l’usage, il a fait un livre fort bien composé, clair, d’apparence extérieure comme d’ordonnance interne. La rare familiarité qu’il a avec Spinosa lui a permis de discuter à fond l’opinion de Strauss selon laquelle la Glaubenslehre ne serait qu’une transposition purement philosophique du spinosisme : il l’a fait, dans un morceau capital de son livre, sur l’apparence panthéiste du christianisme de Schleiermacher (p. 145-175), si heureusement qu’il ne sera pas inutile de le lire même quand on s’intéresse plus à Spinosa qu’à Schleiermacher. Le spinosisme a été un des éléments du christianisme de ce dernier, non point qu’il s’y soit jamais rallié ou qu’il n’ait point expressément protesté contre telle définition de l’Éthique : mais il croit que la piété d’un panthéiste peut être absolument identique à celle d’un monothéiste, le sentiment spinosiste de l’Ἓν καὶ πᾶν a toujours été vivant en lui. Schleiermacher, en tant que théologien réformé, a été déterministe. C’est que, comme Zwingle










et Calvin, voire comme Augustin qui fut <f spinosiste ante Spinosam », ils ont exprimé leur déterminisme en des formules que M. Scholz a très ingénieusement rapprochées de celles de Spinosa, et qui sont identiques. Ces formules découlent elles-mêmes chez Calvin et chez Spinosa d’une même conception de la toute-puissance divine. Dans une large mesure on peut dire que Schleiermacher a été amené, par sa foi religieuse, à juger Spinosa plus favorablement que ne le faisaient Jacobi et la plupart de ses contemporains. Ce point traité d’une manière si suggestive par M. Scholz nous a un peu trop longuement retenu. Nous ne pouvons donc que signaler la position générale du problème qu’il traite. Science et christianisme sont des forces antagonistes c’est la composition de ces forces qui est le problème de la Glaubenslehre et de l’apologétique de Schleiermacher. II semble

que ni Strauss, ni Ritscbl, ni Pfleiderer ne l’aient bien traité: M. Scholz a peut-être réussi là où d’autres ont échoué, parce qu’en dehors des qualités que n.ous avons signalées, il est indépendant de tout engagement d’école, donc tout près de celui pour qui la dogmatique était avant tout une théorie de la piété (p. 12), et qui nourrissait une indifférence toute irrationaliste pour les théorèmes et les philosophèmes religieux. La théologie, pour

Schleiermaeher, n’avait point de place dans le système des sciences et, quelque virtuosité dialectique que Schleiermacher ait mise à cacher aux autres et à soimême l’origine de cette dialectique même, c’est le sentiment immédiat de la vie qui en est le principe, comme l’étalon auquel se réfère toute proposition dogmatique est la confession de foi de la communauté vivante et son expérience intime (p. 59). Das philosophisehen-ôkonomiscTie System der Marxismus, miter Berilcksichtigung sei?ier Fortbildung und des Sozialiamus ùberhàupt dargestellt und kritisch beleuchtet, par E. Hamutàcher. 1 vol. in-S de xi-730 p., Leipzig, Duncker et Humblot, 1909. De omni re scibili en matière de marxisme, tel pourrait être le sous-titre de la somme que publie M. Hammacher. Il n’y expose pas seulement les théories économiques et la philosophie de l’histoire de Marx" leurs origines et leur développement. Il les interprète et les apprécie, non sans rappeler presque toutes les interprétations et appréciations auxquelles elles ont donné lieu, celles de Barth comme celles de Stammler, celles d’Adler comme celles de Bernstein: il fait une Kritik der Marxkritik (p. 619). Et sur cette immense accumulation de ruines il dresse finalement sa propre Weltanschauung. L’ouvrage est divisé en trois parties Les conditions de développement du marxisme (p. 1-97); Le système du matérialisme dialectique (p. 97-389); Critique du marxisme (p. 389-720)..

L’auteur, dont l’une des thèses est que Marx est resté jusqu’au bout plus « philosophe allemand » qu’il ne croyait, met bien en lumière dans la première partie ce que le « socialisme scientifique » pu retenir de l’inspiration hégélienne ou feuerbachienne.’ II relève en particulier de curieux passages de la Philosophie du Droit de Hegel, où l’on peut trouver comme un pressentiment des théories de Marx sur la concentration capitaliste et la paupérisation du prolétariat (p. 19) II indique assez heureusement aussi ce