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processus est évidemment matériel. Et c’est pourquoi ce système s’appelle système du matérialisme religieux. » La loi divine n’est pas le produit d’une activité, elle est infinie. Dieu n’est pas un être, car son œuvre seule est matérielle, il n’est pas esprit ; mais en tant qu’il est cause de tout ce qui est essentiel, il peut être nommé essence infinie : nous ne le connaissons qu’imparfaitement, dans et par ses effets. L’ouvrage de M. Van Velzen se clôt sur une théodicée, une justification de la Providence, de ce Dieu inconnu.

Nous devions ce compte rendu étendu à la conscience de l’auteur, à son érudition, surtout à sa ferveur philosophique qui est grande, et ne se dément nulle part. M. Van Velzen aime les citations ; il ne nous en voudra pas d’écrire en finissant le mot de l’Écriture qu’il aime aussi : « Pax hominibus bonæ voluntatis ! »

Abriss einer Wissenschaftslehre der Aesthetik, par le Dr. K. Wize. 1 vol. in-8 de 177 p. Berlin, K. Trenkel, 1909. — Par logique de l’esthétique, M. Wize entend la théorie de la connaissance esthétique, scientifiquement formulée. Si c’est là un « desideratum », au sens baconien du mot, M. Wize n’a pas satisfait le besoin qu’il ressentait d’une telle théorie. On trouvera chez lui des aperçus intéressants sur l’histoire de l’esthétique, et l’esquisse du propre système de l’auteur, mais non la méthodologie que le titre annonce. M. Wize a été évidemment éloigné de son idée primitive par l’importance exagérée qu’il donne à la théorie qui dérive du jeu l’activité esthétique (Spieltheorie) : il en fait très arbitrairement un postulat méthodologique, et l’étude du jeu, des jeux et de leur classification constitue une bonne part de son livre. Les conditions psychologiques de l’esthétique sont l’association (l’esthétique de M. Wize est relativiste, dominée par l’idée que « la relation est la catégorie des catégories » (Renouvier), la « projection dans le non-moi (Einfühlung), enfin les facultés psychologiques de la pensée, du sentiment et de la volonté.

Le plus grand mérite de ce petit livre est évidemment dans la grande abondance de notions historiques qu’il présente, notions puisées dans des œuvres souvent peu connues. Il nous apprend par exemple qu’un hégélien, Cieszkowski, avait fondé en 1840 une « philosophie de l’action », et que, vers la même époque, le philosophe polonais Kamienski formulait ainsi son pragmatisme : « J’accomplis, donc je suis, voilà l’avenir de la philosophie ; je pense, donc je suis, voilà son passé ». Ce n’est












ït j là qu’un exemple de ce que M. Wize peut 3— apprendre à ses lecteurs.

)i Untersuchung zum Problem der », Evidenz der inneren Wahrneimume >, par H. Bbrgmahn. 1 vol. in-S » de vui-96 ’t p., Halle a. S., Niemeyer, 1908. – Ce e court mais substantiel travail a pour e objet d’assurer l’évidence de la perception interne contre des attaques récentes r et de défendre par conséquent la possib bilité de l’expérience en général. Il exa1 mine en particulier les objections de Bon, tirées de l’inconscient, les objections de i Julius Bergman tirées du fait que ce qui est intérieurement représenté peut ne pas exister, les distinctions de Hussert sur la perception évidente et la non-évidente. Un chapitre particulièrement intéressant est consacré aux objections de Meinong (Erfahnmgsgrundlagen) tirées de la perception du temps.

-Aristoteles undKant bezûèlieh der Tdee der theoretischen Erkenntnïs untersucht, par ALBERT Gôrlakd. Philosophische Arbeiten de Cohen et Natorp,

2’vol., 2 » cahier, 1 vol. in-8 de 502p., Gièssen, Tôpelmann, 1909. Les juges de la Kantgesellschaft, auxquels l’auteur soumit naguère son considérable et consciencieux travail, lui reprochèrent d’avoir été injuste pour Aristote, d’avoir oublié la signification ontologique du principe de contradiction caractéristique de la pensée aristotélicienne, d’avoir un style cherché, et

trop de sens propre pour être un bon • historien. On pourrait ajouter que Je plan est compliqué, que l’exposition, qui manque de haltes et de points de repère est encombrée de digressions. Mais cellesci valent par elles-mêmes, et sont d’un esprit profond et personnel. Le système de M. Gôrland, qu’il eût mieux fait peutêtre de ne pas noyer dans 500 pages d’impression compacte, vaudrait d’être exposé par lui directement. Les idées fondamentales, telles qu’elles apparaissent au travers de l’exposé historique, sont celles-ci. L’être est l’ « intégrale de la méthode a, le produit de la’science ; la science est la condition de l’existence de l’être ; l’être est le problème de la pensée le contenu dévidé de ce problème est 1 idée. La philosophie est la science de la connaissance, elle est donc science et donc idée. Puisqu’elle est science, l’historien de la philosophie n’a pas le droit de se placer au-point de vue d’un philosophe, ou au point de vue de son temps, le respect superstitieux du passé est dilettantisme c’est que les philosophes ne sont que le lieu du développement de la philosophie (395). Ces principes, qui témoignent en faveur du philosophe, ont pu et dû