Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 1, 1910.djvu/10

Cette page n’a pas encore été corrigée


beaucoup à Eucken, un peu parfois (à propos de l’attitude de l’homme vis-à-vis de la Nature, par exemple) aux stoïciens. Il n’en reste pas moins vrai qu’il a exprimé des idées très personnelles, qu’il a contribué (et nous lui en sommes particulièrement reconnaissants) à faire de la notion d’unité et de synthèse une notion fondamentale. Il est certain aussi qu’il a, dans la première partie de son livre notamment, posé avec précision, tout au moins, le problème de la liberté. Et nous voudrions que ce compte rendu contribuât à faire lire attentivement les pages où l’auteur pose avec tant de netteté ce dilemne jamais résolu.

System des Religiösen Materialismus. T. I, Wissenschaft der Seele ; t. II, Wissenschaft der Gesinnungen ; t. III, Wissenschaft Gottes, par le Dr Thoden van Velzen, traduit du hollandais en allemand aux frais de l’auteur, 3 vol. in-8 de vii-474, vii-467 et vii-332 p., Leyde, Sijthoff. — Il est bien difficile de rendre compte d’un ouvrage de près de mille pages, véritable encyclopédie philosophique, où sont traités une foule de sujets, sans que la promesse du titre soit suffisamment tenue, sans qu’une idée systématique serve de fil conducteur à travers ce vaste édifice. Qu’est-ce que le « matérialisme religieux », où faut-il en chercher les linéaments ? Qu’est-ce que cette « religion nouvelle » que l’auteur a voulu exposer, qu’il a peut-être même vraiment exposée ? L’unité, à nous du moins, n’apparaît pas clairement entre cette science de notre être psychologique, cette science de notre caractère, cette science de Dieu qui constituent la matière de ces trois volumes. La méthode est une : c’est la méthode psychologique, introspective, que l’auteur pratique parce qu’il estime que la psychologie est pour l’homme la première des sciences : sur cette base il a édifié une psychologie des images sensibles en tant qu’elles déterminent l’activité, des concepts, de nos diverses activités spirituelles, de leur origine et de leur critère. Il y a joint, ce qui caractérise son point de vue, l’étude de problèmes qui ressortissent à la logique, comme celui du syllogisme, parce que la logique n’est pas pour lui une discipline autonome (t. I. p. 12), le problème de l’espace ne se distingue pas pour lui essentiellement de l’étude du champ de vision. Il y a en nous un être ou une substance, une seule, qui sent, est consciente, pense et veut, être indivisible, indépendant, identique à lui-même : et c’est la psychologie traditionnelle. Mais notre esprit est un atome, notre mémoire est quelque chose de matériel (p. 418) ; l’esprit est une unité matérielle,










l’âme a une grandeur déterminée, elle est f spatiale, elle a le cerveau pour siège et c’est le réalisme le plus naïf, si suranné ̃̃ : ̃̃ que c’est presque’être original que de le ressusciter. Citons pour son êtrangetè inouïele raisonnenientsaivant (t. 1 p. 430) « La forme de quelques images visuelles est celle d’un hémisphère ; [hémisphère est une partie de notre mémoire. L’faémisphère est à peu près la moitié de notre mémoire si donc la moitié de notre mémoire a une grandeur déterminée, le tout a aussi une grandeur déterminée. Ainsi v est prouvé gué notre âme ri une aretndeur déterminée. » Voilà qui est raisonné On doute que le matérialisme le plus grossier ait jamais formulé d’aussi étonnantes propositions. Il se concilie très bien chez

M. Van Velzen avec un spiritisme également matérialiste qui doit « délivrer les hommes de leur pire ennemie, la crainte de la mort » (t. I, p. 414), et couronner la psychologie.

Le tome II est un pandémonium d’abstractions éthiques et juridiques. Un chapitre de quatre pages (P. 28-29, eh. vt de la 1™ partie) est intitulé Utilité, dommage, amitié, inclination, bonne volonté, hostilité, fidélité, politesse, impolitesse, colère, haine, vengeance, etc. Après avoir étudié en eux-mêmes ces concepts », l’auteur, a grand renfort de mimique et : de physiognomonie, étudie leurs manifes— L tations (la honte se manifeste par la rougeur, etc., p. 191), puis leurs conséquences (la haine cause une sécrétion exagérée de bile ; il faut suivre une bonne ^hygiène pour se bien porter, p. 220). Suivent une critique du socialisme (8° partie), une étude sur les rapports de l’Eglise, et de l’État (9e partie), sur l’origine de l’amour, de la. haine et des autres concepts, étudiés plus haut, enfin sur la mstiëreet la force où se donne carrière Fhylozoïsme le plus : décidé..

Le tome III. après une longue introduction sur les preuves de l’existence de Dieu avant et après la critique de Kant, expose la théologie propre de l’auteur. La reliaion existe avant la science contrôlée : de Dfeii (p. 122). L’homme a sur Dieu des idées traditionnelles ou des idées personnelles.Ily atrois stades dans la communauté de l’homme avec Dieu dans la première, il s’explique les phénomènes isolés ; dans la seconde il forme des concepts et des idées ; la troisième est celle des vastes généralisations. Tout cela, n’expliquerait pas le titre de l’ouvrage, si M. Van Velzen n’en donnait enfin la clef (p. 187). La représentationsd’une activité est une subi : stancei la vertu, se composant de telles représentations, est substance. Tout ce