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résister victorieusement et réaliser une alliance qui, théoriquement, devait être à jamais invincible. » Ainsi, se trouvent excellemment définies les causes qui devaient, dans la première moitié du siècle, faire entrer en verve l’imagination politique, l’imagination pacifiste du peuple français. M. Puech, dans ce petit ouvrage si bien documenté, analyse successivement la doctrine de la paix chez Saint-Simon et les saint-simoniens, chez Fourier et ses disciples (on remarquera, dans ces premiers chapitres, l’influence, consciente ou non, de l’impérialisme bonapartiste sur le pacifisme des premiers socialistes français). Peut-être M. Puech fait-il une place un peu trop grande à Constantin Pecqueur, un saint-simonien édulcoré sur lequel tout au moins ce chapitre a le mérite de nous apprendre beaucoup de choses. M. Puech aborde ensuite Pierre Leroux, et pour finir, — il le fallait bien, — le redoutable Proudhon, homme de 48 s’il en fut, mais à qui l’esprit fraternitaire de 48 était odieux, utopiste dans l’âme, mais à qui toute utopie, dès qu’elle prenait forme, apparaissait comme immorale ou grotesque ; il définit aussi clairement qu’il est possible le fédéralisme anarchique de Proudhon. Et vraiment, le travail d’exhumation auquel s’est livré M. Puech est méritoire. Un contemporain français du Président Wilson, en visitant la galerie des prophètes que lui présente M. Puech, ne peut se défendre contre l’impression qu’il parcourt les galeries d’une nécropole. M. Puech nous entretient d’un temps où tous les Français étaient presbytes. Aujourd’hui tous sont devenus myopes.

L’ouvrage s’achève par une excellente bibliographie.

Aux confins de la morale et du droit public, par Eugène Duthoit, 1 vol. in-12 de 295 p., Paris, Gabalda, 1919. — Recueil d’études diverses reliées entre elles par la constante préoccupation de montrer la nécessaire solidarité du politique, du social et du moral. L’unité de l’esprit et de la pensée : voilà le grand principe sans cesse impliqué ou affirmé, et cette unité, suivant l’auteur, doit résulter de la discipline intellectuelle et sociale du catholicisme.

Tel est le thème en particulier de la première des études ici réunies : la crise de l’autorité. « L’étude de l’histoire est révélatrice de la valeur du catholicisme, comme principe de coordination non seulement dans le domaine spirituel, mais dans le domaine temporel, où l’harmonie et l’utilité d’action supposent et réclament la discipline morale des consciences » (p. 25).

La seconde étude, « l’idée de responsabilité dans le droit public », reproduit un cours donné à la Semaine sociale de Versailles, en 1913, insiste sur l’insuffisance de la responsabilité juridique et la nécessité d’imposer aux détenteurs du pouvoir une responsabilité morale. Elle montre d’abord l’apparition, dans la jurisprudence du Conseil d’État, de la notion de responsabilité de la puissance publique, étendue du domaine des travaux publics à une foule d’autres services, avec le but de réparer les dommages qui naissent directement du fonctionnement même non fautif d’un service. Cette responsabilité élargie ne doit pas exclure, d’après l’auteur, celle de l’agent lui-même, et M. Duthoit ne croit pas désirable qu’on substitue la responsabilité de l’État à celle des instituteurs par exemple. « Les agents de la puissance publique ne sont point, en effet, quand ils agissent, les mandataires ou les organes irresponsables d’une personne morale qui les couvrirait. Ce sont des êtres humains qui gardent tous les attributs, mais aussi toutes les responsabilités attachées à la personnalité humaine » (p. 91). Mais, si étendue soit-elle, en matière de droit public, la responsabilité proprement juridique trouve des limites qui tiennent à la nature même des choses. D’où la nécessité d’une responsabilité morale complémentaire à laquelle l’auteur donne un fondement mystique. « La tâche de celui qui commande est un ministère, un service, et tout gouvernant devrait dire comme le Christ : je suis venu pour servir et non pour être servi… servir et par conséquent rendre compte, telle est l’obligation de quiconque remplit une fonction dans la société » (p. 138).

La troisième étude également destinée à une Semaine sociale, celle de Besançon, est consacrée aux méthodes législatives. Ayant montré leurs vices (lenteur, improvisation, obscurité, caractère fragmentaire), l’auteur esquisse les remèdes destinés à les réformer et à les vivifier. Mais, ni dans la partie négative ni dans la partie positive de l’exposé, on ne rencontre autant de précision ni autant d’originalité qu’on en désirerait. Réclamer finalement, comme il est fait, au delà des réformes législatives, l’amélioration des mœurs publiques n’est pas bien nouveau non plus.

La quatrième étude enfin, qui réunit deux leçons données à l’Université Laval de Montréal, est consacrée au droit international. Elle est malheureusement très courte(p.231 à 291), pour un si grand sujet, et entreprise comme les précédentes dans un but sans cesse affirmé d’apologétique. Tout le monde ne pensera pas avec l’auteur qu’il n’y ait de réforme morale possible que dans et par la discipline catholique ;