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sujet et le ramène à la sensation, d’autre part contre l’intellectualisme de Green et de Bradley, qui finit par absorber le sujet dans un absolu intemporel en qui disparaît son individualité. Avec des méthodes et des préoccupations différentes, empirisme et absolutisme aboutissent en somme à la même conclusion : « la négation de la valeur du sujet ». Le pragmatisme sera donc avant tout l’affirmation de cette valeur. Seulement, la notion du sujet restera vague chez tous les pragmatistes : tantôt le sujet sera l’individu concret, agissant, altérant le milieu dans lequel il vit par une adaptation volontaire, tantôt un « moi » métaphysique, libre créateur de vérité par la seule énergie de sa croyance, tantôt le « moi » du psychologue, tantôt celui du subjectiviste. La notion corrélative d’objet ne sera pas plus claire : parfois, l’objet est un donné auquel il faut bien que la pensée s’adapte bon gré malgré et le pragmatisme s’oriente vers le réalisme : parfois aussi la plasticité de cet objet est telle qu’il échappe à toute détermination positive ; il n’est plus que la matière amorphe dont le sujet fait ce qu’il veut, et le pragmatisme se rapproche du volontarisme idéaliste. En dernière analyse, le pragmatisme repose sur une équivoque ; on pusse perpétuellement du point de vue psychologique au point de vue logique, du fait à la valeur, de la croyance subjective à la vérité qui se prouve. Loin de rendre nos idées plus claires, comme le voulait Peirce, le pragmatisme manque à ses promesses ; sa théorie de la connaissance est vouée à l’échec. Il n’est que « le contraire pur et simple de l’intellectualisme, l’antithèse de la thèse, l’affirmation abstraite du sujet contre l’objet, du devenir contre l’être ». Il faudrait pourtant résoudre l’antinomie dont le devenir et l’être, le sujet et l’objet sont les termes. Mais cette conciliation est impossible au « subjectivisme abstrait ». Le pragmatiste est un sceptique qui ne veut pas être sceptique ; il cherche, — entreprise désespérée, — à « construire sur la négation une philosophie de l’action ».

Dans la seconde partie de son livre, M. Spirito étudie brièvement les « courants de pensée voisine du pragmatisme » : la philosophie de Mach et celle de M. Boutroux, le pragmatisme partiel de M. Bergson et le pragmatisme religieux de M. Le Roy. Ces chapitres, en général exacts, mais un peu sommaires, sont suivis d’un appendice bibliographique assez étendu et susceptible de rendre des services.

La filosofia dell’Autorita, par G. Rensi ; publications de l’« Indagine moderna », XXVII, 1 vol. in-8°, de xvi-244 p., Sandron, 1920. — « Au commencement était la force » : le livre est un commentaire de ce mot de Goethe mis en épigraphe. L’auteur critique par des arguments souvent faciles et quelquefois ingénieux les divers systèmes rationalistes, humanitaires, etc. Les discussions ne sont pas toujours convaincantes. Beaucoup d’observations sur la difficulté (ou l’impossibilité) de parler au « peuple » et de la « volonté du peuple », sur les sophismes concernant les guerres « justes », les paix « justes » sont fondées (sinon nouvelles). Mais accepterait-on toutes ces critiques, elles ne sauraient servir de fondement aux conclusions de l’auteur — qu’il est « convenable et opportun » de présenter aujourd’hui une philosophie de l’Autorité et de « mettre en lumière les vieilles bases solides, irrationnelles de la force, de la guerre, de la révolution, de l’empire pur et simple ». Qu’est-ce que toutes ces choses, en effet, ont à faire du « convenable » et de « l’opportun », concepts, à ce qu’il semble, dangereusement entachés de rationalité ?

PÉRIODIQUES

Rivista di Filosotia, organe de la Société philosophique italienne. – Anno XI, 1919 ; fasc. I, II, III, B. Varisco, Pratique et théorie. — G. Zucccante, Courants de littérature pessimiste au temps où naît A. Schopenhauer : ils s’expriment dans les œuvres de la Sturm und Drang, et des romantiques : de Schiller (les Brigands) et Gœthe (Werther) en leur jeunesse ; dans la philosophie de Schleiermacher et même de Jacobi : dans les romans de F. Schlegel. (Article amusant, qui n’apporte rien qui ne fût connu, mais rassemble beaucoup d’indications curieuses.)

A. Alfonsi, La sensation et la liberté dans la philosophie de Kant : Kant a voulu se débarrasser entièrement de la « Chose en soi » avec laquelle la sensation se trouve en rapport, et qui apparaît toujours comme une limite à l’esprit. La Raison pratique dont la connaissance est foi substitue à la connaissance dérivée de la sensation l’œuvre de l’esprit et sa liberté.

G. Tinivella, L’esthétique et sa fonction pédagogique.

F. Orestano, Les idées générales : plus nos idées générales sont nombreuses et précises, plus la reconnaissance des différences joue un rôle éminent : « Connaître, c’est distinguer ». L’usage principal de l’abstraction n’est pas de trouver la somme des quelques caractères communs à un grand nombre d’espèces, mais de déterminer la somme logique de tous les caractères spécifiques propres aux classes de plus en