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constamment active : c’est en raisonnant que l’on perçoit ou, plus exactement, c’est ce qu’il y a de rationnel dans les opérations les plus simples de l’esprit qui est proprement perçu. À la lumière de ces principes, qu’il expose dans son Introduction et dont il fait diverses applications (nous signalerons en particulier une théorie de la perception extérieure qu’il serait intéressant de rapprocher de celle de M. Bergson dont M. Losskij s’inspire visiblement), l’auteur traite du concept et du jugement, puis du raisonnement et de la démonstration. La logique étant pour lui non seulement la science de la preuve mais aussi celle de la découverte, un chapitre est réservé dans cette partie à l’hypothèse.

Ce livre est écrit avec une clarté remarquable, autant que nous en pouvons juger ; la traduction est excellente et la lecture mérite d’en être recommandée aux étudiants français en philosophie.

Des méthodes et des procédés modernes d’enseignement appliqués spécialement aux langues vivantes, par Alceo Ferret, professeur de français dans les Écoles techniques de l’Etat, 1 vol. in-8° de ix-270 p., Torino-Milano, G.-B. Paravia, éd. (s. d.). – C’est une apologie de la méthode directe dont les procédés sont exposés et commentés en détails dans le chapitre V : La Technique du système. Cette étude centrale est précédée de considérations un peu trop générales sur l’art pédagogique, la nécessité d’un appel constant à l’activité de l’élève, sur les mouvements de la méthode d’enseignent magistral, etc., etc. Elle est suivie de réponses aux diverses critiques adressées à la méthode directe et d’observations générales sur l’organisation de l’enseignement des langues vivantes. Les vérités n’y manquent pas ni les bonnes intentions, mais on y souhaiterait plus de concision et plus de nouveauté que n’en peuvent comporter tant de citations empruntées des pédagogues plus ou moins autorisés.

La morale positive et le bonheur, par G. Grimanelli. Un vol. in-8° de 529 p. Paris, Librairie universitaire d’Arthez, 1924. – Le problème que M. Grimanelli s’était proposé de traiter en cet énorme volume était le problème classique des rapports de la vertu et du bonheur : si le devoir n’est pas de travailler à son intérêt propre, s’ensuit que la soumission aux règles morales implique le renoncement au bonheur personnel ? — En fait, l’auteur traite sans retour de la morale, telle qu’un positiviste peut et doit la concevoir, et du bonheur tel qu’il peut être désiré par un homme raisonnable ; il laisse, en général, au lecteur le soin de voir qu’il n’y a pas, en principe, d’opposition entre la vertu et le bonheur ou même que beaucoup de devoirs apportent à l’homme, par leur nature même, les plus hautes satisfactions qu’il puisse et doive souhaiter. — Les idées de l’auteur prendraient bien plus de relief si elles étaient plus condensées. Les plus intéressantes sont celles qui concernent l’origine et le développement de la moralité. M. Grimanelli la fait naître à la fois du dehors (la société pour se maintenir imposant nécessairement à ses membres des restrictions et des obligations) et du dedans (à savoir, d’une part, du besoin d’ordre et de règle qui est inhérent à la nature raisonnable de l’homme et, d’autre part, du développement des sentiments altruistes). La philosophie positive confirme les nécessités morales ainsi engendrées au cœur de l’homme en révélant de la façon la plus certaine la solidarité qui lie tous les hommes entre eux et qui les subordonne tous à l’Humanité. — Ce n’est peut-être pas là ce qu’enseignait littéralement A. Comte ; mais M. Grimanelli se persuade qu’il reste du moins fidèle à l’esprit du Maître.

Estérica general, par A.-O. Deustua, 1 vol, in-8° de 667 p. Lima, 1925. — Dans la conclusion d’un ouvrage antérieur sur les idées d’ordre et de liberté, M. le Doyen Deustua déclarait que dans l’Art seul, on trouve la solution naturelle de l’antinomie du devenir créateur et de l’immobilité conservatrice. Sa philosophie générale aboutit ainsi à cette esthétique qu’il publie maintenant. Comme essai pour découvrir dans la finalité artistique la synthèse des oppositions de la raison et la nature, ce travail se rattache à la tradition kantienne de la Critique du Jugement. Mais M. Deustua cherche à compléter l’explication téléologique pure par la sociologie et en adoptant les conclusions bergsoniennes sur la liberté. Effort de synthèse, consciencieux et original, sur une double assise, expérimentale et métaphysique. Depuis l’analyse de l’activité de jeu, au début du livre, jusqu’à la conclusion, où la valeur esthétique est érigée en valeur des valeurs, toutes les doctrines esthétiques des cinquante dernières années sont étudiées, commentées et rapprochées dans un syncrétisme, peut-être un peu artificiel.

PÉRIODIQUES

Revue d’histoire de la Philosophie (directeur Emile Bréhier ; secrétaire de la