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tradition brahmanique nous montrent la dénomination d’ârya comme la plus ancienne appellation de la race conquérante de l’Inde entière. Sa forme corrélative en Zend est airya, respectable, vénérable, et cette épithète y est donnée aussi bien au pays (Αρια) qu’au peuple (Αριοι).

Le dérivé airyana nous est surtout connu par sa forme moderne Iran, pour Éran, et par sa forme grecque Αριανα. Mais, en dehors des Aryo-Hindous et des Aryo-Persans, nous avons encore les Aryo-Celtes ; car, comme l’a fort bien montré M. Adolphe Pictet, les Eri de l’Espagne, les Ir-landais, ou les habitants de la verte Erin ou Eirin, portent encore, sous une forme qu’explique leur phonologie spéciale, le vieux nom d’ârya venu du berceau commun. Il n’en faut certes pas davantage pour justifier une appellation que motiveraient d’ailleurs suffisamment les convenances du discours.

Que l’idée de cette langue aryaque se retrouve au fond de tous les travaux non-seulement de M. Bopp, mais encore de ses premiers disciples, cela est incontestable. Ce qui n’est pas moins sûr, c’est que, par suite d’un vice habituel de méthode, ces grands maîtres de la linguistique indo-européenne ont induit l’Europe entière en erreur. Qui de nous n’a entendu répéter « le grec vient du sanskrit ; le sanskrit est la langue mère des langues indo-européennes ; nos langues viennent de l’Inde, etc. ? » À force d’être répétées sans contradiction, ces grosses balourdises passèrent bientôt pour d’augustes vérités. On vit, par exemple, en 1852, un érudit fort distingué, traduisant en français le livre de M. Auguste Schleicher sur Les langues de l’Europe (Bonn, 1850), trouver moyen de glisser dans sa traduction l’erreur qu’il avait dans la tête, la mettant ainsi sur le compte de l’auteur qui n’en pouvait mais. M. H. Ewerbeck (p. 310) traduit ainsi les